SRS IV – Un Nouvel Espoir

Ce billet fait suite à : SRS III – Six mois de post-op’ | 2ème partie (SRS : Sex Reassignement Surgery).
TW : concepts physiologiques, des questions chirurgicales et photos génitales, si vous êtes sensibles, vous êtes prévenu·e·s. De plus, j’aborde des aspects très personnels de ma vie dont mes relations amoureuses, si cela vous pose problème, ne lisez pas ce qui suit.

Sommaire
1. Libération
2. Recul & regrets
3. Une identité remise en question
4. Et l’avenir ?

1. Libération

Il s’est passé au final assez peu de choses depuis le mois de janvier dont date mon dernier article sur ma SRS/GRS. L’amélioration de mon état s’est produite fin mars et j’en suis l’actrice principale. Mais revenons un peu en arrière…
J’ai vu le Dr Coiffic début février après que le Dr Harlicot, lors de mon dernier rendez-vous, ait avoué qu’il ne pouvait plus rien faire. Ce nouveau médecin a été très sympathique, il m’a écoutée et n’a pas cherché à voir ce que j’avais entre les jambes. Il m’a fait plusieurs ordonnances : de l’amitrptyline (Laroxyl®) qui est un anti-dépresseur utilisé à faible doses pour arrêter les douleurs neuropathiques (ou au moins les dissimuler), de l’hypnose au Centre du Traitement de la Douleur de Rennes pour apprendre à mieux gérer la douleur, de la mésothérapie (injection de médicaments dans la zone concernée), des exercices de kinésithérapie et des infiltrations (injections de médicaments directement dans le nerf concerné sous scanner).
Je n’ai, à ce jour, testé que le Laroxyl®, les exercices de kinésithérapie et j’ai vu une médecin au Centre du Traitement de la Douleur de Rennes. Pour la mésothérapie, j’ai un rendez-vous fin avril et pour les infiltrations, j’attends toujours la convocation de l’hôpital. Concernant le Laroxyl®, cela consiste en des gouttes à prendre tous les jours et pendant plusieurs semaines, je n’ai eu que les effets secondaires (mal de tête, somnolence, fatigue, déshydratation…). La kinésithérapie a été très bénéfique, la kinésithérapeute est extrêmement gentille et n’y connaissait rien à la transidentité, j’ai dû la former un minimum. Je craignais des exercices usants sur des tapis de courses, des étirements horriblement douloureux et un professionnel dictatorial. Et ça a été exactement l’inverse, ma kinésithérapeute me fait des massages à chaque séance, parle avec moi et me fait faire de petits mouvements très doux à la fin de chaque séance.

Le mois de février et le début du mois de mars se sont donc écoulé avec tous ces petits changements, progressivement j’ai réussi à occuper mes journées avec une certaine expertise. Les livres, les jeux vidéo et les films n’étant plus assez prenants pour m’occuper l’esprit quand j’étais en forme, je suis passée à la force supérieure. Je me suis consacrée et me consacre encore à la restitution des informations que j’ai en ma possession sur les transitions hormono-chirurgicales via ce WordPress. Écrire les articles, mettre en forme le code et gérer l’ergonomie me prend beaucoup de temps et d’énergie et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Mes crises d’angoisses se réduisirent en fréquence, la médecin que j’ai vue au Centre du Traitement de la Douleur a parlé avec moi et était très à l’écoute. Elle ne m’a pas prise en suivi parce que ce n’était pas de son expertise mais le fait de lui parler m’a beaucoup aidée. J’ai également vu ma gynécologue et j’ai pu voir l’intérieur de mon vagin avec un spéculum en plastique, la chair est rose et saine mais le cul-de-sac vaginal présente de petites blessures qui peuvent être à l’origine de mes pertes importantes.
Puis vers la moitié du mois de mars, j’ai testé un changement sur les conseils de ma kinésithérapeute. Je me suis rendue compte que depuis le début de mes douleurs en septembre 2016, je contractais en permanence mon périnée. En parlant de cela avec ma kiné, on en est venues à nous demander si c’était psychologique ou physiologique, à comprendre si c’était purement une contraction inconsciente ou si mon corps cherchait à retenir quelque chose. J’ai donc commencé à décontracter consciemment mon périnée, le problème étant que dès que j’arrêtais d’y penser, il se recontractait. Je devais donc inverser cette habitude physiologique inconsciente pour retrouver la position naturelle : le muscle au repos sans stimulation et le muscle contracté sur stimulation.

J’ai donc passé mes journées à décontracter sans arrêt mon périnée et ça a eu un effet presque immédiat : la pesanteur que je ressentais quand j’étais en position debout disparaissait tant que je gardais mon périnée détendu. Si je ne faisais plus attention, la douleur revenait, comme si mon vagin était écrasé et très lourd. Je continue toujours aujourd’hui à décontracter en permanence que je sois couchée, assise ou debout. Mais toute inattention me conduit à contracter de nouveau, ce qui est très épuisant.
La question de la cicatrisation qui ne se fait pas peut être liée à cette contraction inconsciente, le sang ne passant pas correctement, la cicatrisation ne se fait pas. Les nerfs restent traumatisés par une tension constante et le clitoris ne peut pas jouer son rôle dans le plaisir sexuel. C’est pour cela que je continue, dans l’espoir que la cicatrisation s’améliore et que mes douleurs résiduelles disparaissent. Le fait d’avoir trouver cette technique pour faire disparaitre la douleur quand je suis debout est un changement vraiment génial, je suis beaucoup moins fatiguée, j’ai repris espoir et j’ai eu l’impression que la cicatrisation s’améliorait.

Post-op 7 mois
Ma vulve en février 2017, à 7 mois de post-op. La zone entre les petites lèvres est rouge et ne cicatrise pas. J’ai aussi pris une photo avec les petites lèvres écartées.

2. Recul & regrets

Concernant mon clitoris et mon plaisir sexuel, c’est en demi-teinte pour l’instant. Ma vulve est érogène à plusieurs endroits mais elle est également douloureuse à cause de la cicatrisation qui ne se fait pas ce qui m’empêche de me masturber puisque la douleur prend le dessus sur le plaisir. Et le clitoris est très douloureux mais j’ai l’impression que sa sensibilité penche de plus en plus vers le plaisir que vers la douleur. Peut-être vais-je retrouver mon plaisir sexuel, réapprendre à me masturber et pouvoir retrouver une vie sexuelle…
J’essaye de ne pas trop rêver mais l’espoir me pousse à le croire de toutes mes forces. Car si j’arrive à ne plus avoir de douleurs périnéales, le but est quand même de retrouver une sensibilité sexuelle valable et une capacité d’orgasme. Et donc pouvoir penser à être en couple un jour car n’étant pas asexuelle, j’ai besoin d’avoir une vie sexuelle dans mon couple. Si ça ne revient jamais, je ne sais absolument pas comment je réagirais, c’est l’une de mes deux grandes peurs aujourd’hui et personne ne peut me répondre franchement. Dès qu’il y a une scène érotique ou de sexe, j’avance la vidéo que je regarde ou je détourne les yeux si je ne peux pas le faire, ça me fait hurler de me dire que je n’y aurais peut-être plus jamais droit.
J’ai déjà abordé ma rupture en décembre 2016 avec ma compagne où mon handicap sexuel était loin d’être la seule raison, bien que ça en ait été le déclencheur. J’angoissais beaucoup trop car j’étais physiquement touchée autant sur la sphère intime de ma sexualité que sur ma capacité de déplacement qui s’était vue particulièrement altérée. La situation polyamoureuse renforçait cette angoisse alors qu’avant ça ne me posait aucun problème. Et je n’arrivais pas à lui demander de me rassurer, je me disais que c’était ma faute, que je devais prendre le dessus sur ces angoisses et qu’elle n’avait pas à les endurer pour moi. Si j’avais été proche de chez elle, ça aurait été plus simple car elle aurait pu venir me voir facilement mais comme je suis excentrée, je ne pouvais pas non plus lui demander de venir alors que je ne pouvais pas me déplacer car ça m’épuisait…

Bref, la situation était devenue intenable, je n’arrivais plus à me confier parce que j’avais l’impression de répéter la même chose, je ne voulais pas m’effondrer sur elle et surtout, je ne voulais pas qu’elle change ses habitudes de vie pour moi. Si la situation polyamoureuse qui prenait sérieusement de l’ampleur me posait problème et générait des angoisses du fait de mon isolation forcée et de mon état, je ne voulais pas qu’elle se réfrène dans ce qu’elle faisait. Elle m’a toujours poussée à me confier, à dire quand ça n’allait pas mais je n’arrivais pas à lui en parler de peur qu’elle fasse des choses dont elle n’avait pas envie. C’est donc par pudeur, par angoisse et par immaturité émotionnelle que j’en suis venue à prendre la décision de tout arrêter là. C’est aussi cela que j’ai pu comprendre avec le recul après ma rupture d’avec elle. Je suis totalement immature émotionnellement concernant les questions de couple. Tout simplement parce que mon premier couple date de mes 23 ans,n’ayant eu aucune expérience de couple digne de ce nom pendant mon adolescence et aucune vie sexuelle non plus.
De plus, je n’arrivais plus à supporter le fait que je ne pouvais plus partager de moments avec elle, juste la voir assez souvent physiquement (et je sais qu’elle en souffrait aussi). Quand on aime une personne on a envie d’être avec elle et de partager son bonheur or je n’avais plus de bonheur à lui amener et à partager, juste de la tristesse. Et je ne voulais pas gâcher les bonheurs qu’elle vivait dans sa vie car ma situation prenait trop de place et que je n’avais plus de moments avec elle. Je refusais de la faire porter un poids qui n’était pas le sien alors même que sa vie devenait de plus en plus trépidante… nos chemins divergeaient de fait. Alors même qu’elle souhaitait me soutenir dans cette épreuve, je n’arrivais pas à me reposer sur elle pour toutes les raisons que j’ai évoquées… ce qu’elle a sans doute le plus mal vécu c’est le fait que je lui refuse le droit de m’aider.

J’ai pu repenser à nombre de choses depuis le début de ma relation avec elle et j’ai compris le nombre d’erreurs assez folles que j’avais faites sans même m’en rendre compte par manque de recul. Tout se produisait sans que je n’ai la possibilité de l’analyser et de le comparer avec d’autres expériences pour agir en conséquence. J’ai été fort stupide à de nombreuses reprises et j’ai maltraité ma compagne sans en avoir même conscience. Je l’ai négligée les mois précédant ma GRS alors que c’était les derniers moments que je pouvais passer avec elle et la chérir, sans parler de la situation intenable que j’ai laissé en l’état par lâcheté.
Et je pense qu’elle le savait mais par amour pour moi, elle n’en a pas parlé. C’est la dernière des raisons qui m’a faite provoquer la rupture, je n’arrivais pas à mettre de mots dessus en décembre mais je savais que quelque chose n’allait pas et ce n’était pas de son côté mais du mien. Quitter quelqu’un alors qu’on l’aime est une chose extrêmement difficile mais prendre cette décision soi-même est un crève-coeur. Elle s’est sentie trahie, avec raison, et elle a souffert de cette décision tout comme j’en ai souffert mais, avec le recul, je pense que c’est la décision la plus terrible et la meilleure que j’ai pu prendre.

Je n’avais plus le choix, dans mon état, je n’arrivais pas à comprendre comment redresser tout cela. Ce qui m’a rassurée c’est qu’elle n’était pas seule pour supporter ma décision, elle était entourée et je savais qu’elle serait soutenue. J’ai maintenu ma mort numérique (ma disparition des réseaux sociaux) pendant un certain temps parce que j’en avais besoin. La douleur narcissique est atroce quand on voit le monde continuer de tourner sans nous et savoir que tout continuerait qu’on s’en sorte ou non. C’est violent et angoissant, d’où ma disparition. J’ai tenté de me recentrer sur moi-même et de contrôler mes angoisses. Celles-ci avaient diminué depuis ma rupture mais elles étaient remplacées par autre chose : je craignais que mon ancienne compagne ne me haïsse et ne me pardonne jamais, tout comme son entourage m’en aurait voulu à cause de mon comportement envers elle. C’est la deuxième de mes deux grandes peurs aujourd’hui. Ajoutant à cela mes angoisses existentielles et mes pensées de suicide, c’était lourd à gérer. Mais j’ai réussi à les contrôler, réduisant les crises d’angoisse à une toutes les deux semaines environ.

Je pense que celle qui est la plus vive est le fait d’être dans cet état après avoir tout risqué en faisant ma transition, en découvrant ma vie sociale, sentimentale et sexuelle pour me voir tout retiré d’un coup. Et voir mon corps que j’aime tant être dans cet état est terrible tout comme mon impuissance. C’est comme si j’avais fait tout cela pour rien. Et ça m’a poussée à prendre de la distance avec le monde LGBTQIAP+ car je n’y trouvais plus personne avec qui parler de ce qui m’arrivait. Je ne connaissais personne avec ce chemin de vie qui aurait pu comprendre et je n’arrivais pas à me confier pour trouver un réconfort dans cette communauté, même si les personnes que je côtoyais m’auraient écoutée et compatis.
Je voyais les personnes que je connaissais continuer leur transition, leur découvertes, alors que moi, je n’avais plus ce droit. C’est la jalousie, simple et dévorante, qui m’a fait prendre de la distance pour protéger ces personnes autant que moi. Je ne connais pas bien ce sentiment que je ressens rarement car je suis polyamoureuse et donc je ne le contrôle pas bien, par immaturité émotionnelle, on y revient. J’ai l’impression de ne pas avoir assez profité de ces deux ans de transition, avant de me retrouver handicapée. Tous ces moments que j’ai vécu me reviennent en mémoire et j’aimerais dire à mon moi du passé : « Profite davantage ! Vis ! Danse ! Aime ! » pour avoir davantage de ces souvenirs… enfin ce que j’aurais vraiment aimé me dire c’est : « Ne fait pas ça, reste comme t’es et vis plutôt que de t’infliger ça. ». Parce que c’est terrible d’avoir tant voulue une chose, l’avoir faite mais que cette chose ait visiblement échoué lamentablement.

Mad Max Fury Road
J’avais l’impression qu’il n’y avait plus rien à faire pendant des mois mais quelque chose m’a poussé à survivre. L’instinct de survie se raccroche toujours jusqu’à la dernière seconde.

3. Une identité remise en question

Cette épreuve remet en question mon orientation romantique et sexuelle car si je me revendiquais comme étant panromantique et pansexuelle (ou bi, cela n’a pas d’importance), aujourd’hui je ne peux plus avoir de relations sexuelles (pour le moment). Ma sexualité était intimement liée à mon attirance romantique où, la plupart du temps, je ressentais un désir sexuel pour la personne avec qui j’étais en couple (étant par ailleurs demisexuelle, cela ne se produisait qu’avec une relation amoureuse). Je ne suis pas asexuelle, si je suis en couple, je vais généralement finir par avoir une attirance sexuelle pour la personne avec qui je suis. Que cette attirance sexuelle aboutisse ou non à des relation sexuelles n’est pas la question.
Si aujourd’hui j’étais en couple, je finirais par ressentir inévitablement ce désir sexuel même si ma libido est assez basse, parce qu’elle n’est plus stimulée depuis longtemps. Le fait d’être incapable de répondre physiquement à ce désir (en supposant que mon/ma partenaire ait aussi ce désir) est extrêmement frustrant et c’est une blessure narcissique. Je pourrais, bien sûr, aller loin dans la sensualité et l’érotisme avec des mots doux, des caresses… pouvant aller jusqu’à des relation sexuelles bucco-génitales dans un seul sens pour donner du plaisir à mon/ma partenaire. Mais ce/cette partenaire ne pourra pas faire quoi que ce soit qui s’approche de ma sphère génitale qui est à la fois érogène, douloureuse et insensible selon les zones. Ce qui donne un résultat qui est souvent désagréable voir douloureux en cas d’insistance. Et cela que ce soit de la masturbation ou lié à des relations sexuelles.

Mes relations « sexuelles » se limiteraient donc à de l’érotisme et de la sensualité pour moi (la sexualité anale étant elle aussi douloureuse par sa proximité avec ma vulve). Si cette sexualité limitée serait quand même intéressante à explorer, elle me rappelerait à chaque fois que je ne peux pas aller plus loin. Ce qui serait très frustrant et déprimant. Je me retrouve donc de fait à adopter un comportement asexuel alors même que ce n’est pas mon attitude puisque je ne suis pas asexuelle. Cette asexualité forçée me mène à adopter un aromantisme, lui aussi forçé, pour ne pas souffrir de l’émergence d’un désir sexuel auquel je ne pourrais pas répondre.
Je ne me reconnais plus dans les discours et la revendication des personnes homosexuelles et bi/pansexuelles (ce qui me fait prendre de la distance vis-à-vis de cette comunauté que j’aime beaucoup) parce qu’il est question de sexualité, ce qui me renvoit à mon incapacité à en avoir une. Et j’ai l’impression de ne pas être légitime auprès des personnes asexuelles et/ou aromantiques parce que si je suis asexuelle et aromantique au niveau comportemental, ce n’est pas mon orientation romantique et sexuelle. Je me retrouve dans une zone grise qui n’a pas de nom, pas d’appartenance et presque personne avec qui en parler. Et cela me renvoit à un vide identitaire comme si je n’avais plus de place nulle part. En faisant ma transition, j’ai abandonné un système cis-hétérosexuel ultra-normé pour aller vers une galaxie de genres et d’orientations romantiques & sexuelles extrêmement variées. Et aujourd’hui je ne peux plus accéder à cette galaxie du fait de mon état…

Tout cela remet en question ma pansexualité et donc une partie de mon identité, celle-ci que j’ai grandement construite quand j’ai commencé ma transition. Je me retrouve amputée d’une partie de mon identité alors même que la partie transgenre de celle-ci se voit fragilisée parce que je n’ai presque plus d’existence sociale et que mon genre est en sommeil. Je ne me maquille plus, n’essaye plus de me faire jolie et encore moins de plaire. Je ne sors pratiquement plus et me contente de maintenir une hygiène corporelle basique vu que le moment de la douche est douloureux même maintenant que j’ai moins mal. Par conséquent une grande partie de l’identité que j’ai pu construire et renforcer pendant deux ans se voit ébranlée et, au mieux, inutile. Il ne me reste plus qu’une identité intellectuelle, presque comme s’il ne me restait plus que mon esprit sans mon corps. Si celle-ci est assez riche, j’ai fait ma transition pour avoir une identité qui va plus loin en me réappropriant mon corps et jouant avec celui-ci. Une bonne partie du travail fait depuis ma transition se retrouve mis à mal par cette épreuve.
Si tout cela ne s’arrange pas, je devrais reconstruire une nouvelle identité autour d’un corps fracassé, sans orientation romantique et sexuelle et avec une identité de genre devenue presque inutile et sans connexion sociale. Autrement dit, abandonner tout ce que j’ai construit depuis ma transition et me retrouver dans une situation pire qu’avant. Continuer celle-ci dans cette situation me semble presque ridicule… sauf pour avoir mon prénom d’élection sur mon urne. Ce qui serait une simple question administrative au final car je ne suis même plus capable de répondre avec conviction à cette simple question : « qui suis-je ? ». Et bien sûr, personne avec qui en parler en-dehors de moi-même, ce qui me mène bien souvent à des crises d’angoisse terribles.

4. Et l’avenir ?

Je ne sais pas si un jour, je pourrai retrouver les personnes que je fréquentais avant mais je l’espère vraiment tout comme j’espère aller mieux. Parce que je sais que tant que je ne serai pas sur pied, je ne pourrai pas tenter d’y retourner à cause de ces sentiments sombres que personne ne mérite d’essuyer. Mais si j’ai trouvé très peu de personnes pour m’aider au sens pratique, j’ai quand même su en trouver une qui m’a écoutée et conseillée en tant que personne concernée. C’est une femme transgenre que je ne connaissais pas mais qui s’est montrée très compréhensive et qui commençait à monter un forum, Ask Yuki-san, sur les retours d’expérience pour les transitions MtF. Si j’ai pu en parler à plusieurs personnes, il n’y a qu’elle qui a su continuer à me proposer des conseils et surtout comprendre ce que je pouvais vivre même si elle n’était pas dans la même situation.
Pour ma famille, j’ai pu parler de nouveau avec ma grande soeur et on a pu aller au-delà de cette dispute que j’avais stupidement commencé. Ma mère a été heureuse de me voir revivre depuis que j’ai trouvé cette technique pour me relever. Je reste couchée encore beaucoup parce que ma vulve est encore douloureuse, être assise est assez difficile surtout sur le long terme. Cela me permet de continuer les dilatations (1h par jour pour éviter de trop en demander à mon vagin). Mes pertes semblent avoir diminué, mes dilatations moins longues et moins profondes ont peut-être permis de faire cicatriser le cul-de-sac vaginal. J’ai sans doute perdu un peu de profondeur vaginale mais je préfère cela à des pertes de sang… J’ai aussi fait une nouvelle rencontre récemment, un chat magnifique qui vivait dehors a commencé à m’apprivoiser et s’est dit qu’avoir une humaine éclopée qui le câlinait c’était cool ! Et je le fais rentrer de temps en temps, il m’apporte du réconfort à sa façon de chat, m’ignorant royalement en me montrant qu’il m’aime quand même bien. Pour finir, je dois dire que s’il y a deux choses qui m’ont maintenue hors de l’eau, c’est d’abord les podcasts que j’écoute des heures d’affilées et qui me donnent l’impression d’avoir une sociabilité quand les créateurs me font rire et réfléchir. La deuxième, c’est Pratchett et son traducteur Patrick Couton qui m’offrent un monde littéraire tellement énorme et brilliant que cela peut me faire oublier quelques heures ma situation.

En outre, j’ai pu obtenir enfin l’Affection Longue Durée pour les personnes transgenres et donc je n’aurai plus mes hormones à payer et quand je retournerai faire de l’épilation laser, je n’aurai plus à payer non plus. Peut-être que l’électrolyse pour retirer les poils de l’intérieur de mon vagin sera remboursée aussi mais j’en doute. Et si je me décide à aller voir un·e psy pour m’aider dans ma situation, ce sera remboursé aussi, ce qui est bon à prendre. Concernant la suite de mes rendez-vous, j’ai réussi à en avoir un début mai avec le Dr Morel-Journel, chirurgien faisant des GRS à Lyon. Peut-être que j’irai beaucoup mieux à ce moment-là mais je ne peux pas anticiper et annuler parce qu’il est difficile d’en avoir un. Il pourra sans doute me conseiller et contrairement aux médecins que j’ai vu avant, j’aurai au moins une hypothèse à lui présenter : mes douleurs seraient sans doute dûe à une contraction involontaire de mon périnée.
À ce propos, cela voudrait dire que je serais responsable de ma situation et que tout ce que je reprochais au chirurgien qui m’a opérée n’est plus franchement valable. Sauf sur l’aspect comme par exemple le clitoris très petit, le capuchon clitoridien qui est à peine digne de ce nom et les poils dans le vagin. Il reste à savoir pourquoi j’ai commencé à contracter mon périnée parce qu’il y avait bien une douleur originelle qui en est responsable. Cela a commencé après ma cystite alors il est possible que la douleur de ma cystite m’ait conduite à contracter le périnée alors que ma vulve essayait de cicatriser. Ce qui a créé une douleur résiduelle… qui me poussait à contracter mon périnée en réaction… sans que celle-ci puisse disparaître puisque la contraction empêchait la cicatrisation. Celle-ci ne semble pas s’améliorer, pire encore, elle semble empirer avec ma petite lèvre droite qui se résorbe de plus en plus en fusionnant avec la grande lèvre… le vestibule vaginal qui reste une plaie ouverte et les poils qui poussent partout… Bref, ce n’est pas très positif. Mais j’ai commencé récemment à faire des massages réguliers de ma vulve pour stimuler les nerfs et la cicatrisation. Cela semble fonctionner avec une amélioration lente des sensations et de la cicatrisation, même si c’est lent, c’est bon à prendre.

J’éprouve beaucoup de culpabilité car si cela se rélève être l’explication, j’aurai pu m’en remettre depuis des mois en décontractant par moi-même mon périnée. Mais le plus important est que je n’ai pas fait de tentative de suicide ou de mutilation en réponse à mes angoisses ces derniers mois et que je m’en remette, en espérant que ça continue à s’améliorer. Mais si cela se confirme, tout cela m’aura coûté cher : ma compagne, une année d’étude et une partie de ce que j’avais construit depuis ma transition. Après il est possible que mes douleurs aient été réduites par l’utilisation du Laroxyl®, commençant à faire de l’effet au moment où j’ai essayé ma nouvelle technique mais je n’y crois pas tellement. Cela dit, si c’est le cas, cela voudrait dire que la cicatrisation pourrait ne pas s’améliorer à cause d’un problème plus large (le Laroxyl® ne faisant que faire disparaître la douleur et pas son origine).
Cependant cela fait plusieurs semaines que je continue à décontracter mon périnée et aujourd’hui je n’ai presque plus besoin de le faire. La douleur résiduelle revient si je contracte (à cause de la température par exemple) mais la cicatrisation ne s’améliore pas ou peu, donc cela voudrait dire qu’il y a un problème plus profond. Je ne suis pas restée inactive durant ces mois difficiles mais j’éprouve quand même une impression de temps perdu même si je suis soulagée d’avoir retrouvé une partie de ma mobilité (bien que je ressente encore des douleurs au moindre contact), en espérant que ma vulve cicatrise et que je retrouve ma sensibilité sexuelle. Si je ne suis pas positive sur tout ce que j’aborde ici, c’est quand même une lueur d’espoir que d’avoir un peu amélioré ma situation, en espérant que cela puisse continuer dans les mois à venir.

Post-op 9 mois
Ma vulve en avril 2017, à 9 mois de post-op. La chair est moins rouge et plus rose, le vestibule vaginal a une apparence plus saine. J’ai aussi pris une photo avec les petites lèvres écartées.

Publicités

Une réflexion au sujet de « SRS IV – Un Nouvel Espoir »

Laisser un commentaire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s