SRS V – Ascenseur émotionnel

Ce billet fait suite à : SRS IV – Un Nouvel Espoir (SRS : Sex Reassignement Surgery).
TW : angoisses, concepts physiologiques et questions chirurgicales, si vous êtes sensibles, vous êtes prévenu·e·s.

Sommaire
1. Le Dr Morel-Journel : A. Synthèse du chirurgien, B. Conclusion, C. Fun-fact
2. Et maintenant ?

A. Synthèse du chirurgien

Le 05 Mai 2017, j’ai vu le Dr Morel-Journel à Lyon. Le rendez-vous était pris depuis le mois de Janvier, j’aurai dû avoir un rendez-vous au mois de Juillet mais ayant spécifié une urgence, j’ai pu avoir un rendez-vous avant. Je n’ai eu aucun remboursement pour le trajet et l’hôtel bien sûr, je comptais sur ce chirurgien reconnu pour m’apporter une aide concrète et me donner des conseils sur la suite. On peut dire que j’ai été déçue.

L’hypersensibilité du clitoris peut durer des mois ou des années.
Des massages quotidiens peuvent stimuler les nerfs et donc leur auto-réparation.
La largeur définitive du néo-vagin serait définitive après une dizaine de mois, ainsi la taille de dilatateur atteinte est la taille définitive. Par conséquent, la largeur de mon vagin est donc d’environ 20 mm de diamètre car, à cause des douleurs, je suis restée au dilatateur numéro 1. Cela peut être changé uniquement par la chirurgie.
Les protubérances qui sont présentes dans mon vestibule vaginal sont des bourgeons dûs à une cicatrisation problématique. Ils peuvent être la cause de douleurs et même avant leur apparition. Ils s’enlèvent avec du nitrate d’argent.
La douleur s’ancre dans le cerveau lorsqu’elle dure trop longtemps et nécessite des soins psychologiques pour s’effacer après le traitement de la douleur.
• Je dois « faire le deuil de l’opération parfaite » et accepter que cela ne se passe pas comme c’était sensé se passer.
Même si mon clitoris dysfonctionne, je pourrais toujours « avoir du plaisir avec mon vagin » : en d’autres termes, le dysfonctionnement de mon clitoris ne l’inquiète pas plus que ça et ma prostate devrait, à elle seule, permettre une vie sexuelle.
Les poils dans le vestibule vaginal devront être retirés au laser.
• Il m’a proposé de retourner voir mon endocrinologue pour augmenter mon dosage hormonal pour me « rebooster » (alors que je suis déjà au dosage maximal et que le problème est la douleur qui me bouffe mon énergie pas un problème d’équilibre hormonal).


B. Conclusion

• Pour les dilatations, j’ai suivi les conseils du chirurgien de Thaïlande qui m’a conseillée, suite à mes plaintes concernant des dilatations trop douloureuses, de ne faire les dilatations qu’avec le dilatateur numéro 1. Donc depuis le mois de janvier 2017, je faisais mes dilatations avec le numéro 1 pendant environ deux heures, un jour sur deux minimum.
D’après le chirugien de Lyon, cette décision est fatale car la largeur du néo-vagin devient définitive après une dizaine de mois, c’est pourquoi on doit atteindre le numéro 3 ou le numéro 4 dans les premiers mois. Je me suis battue pour continuer à faires mes dilatations pendant des mois alors que je souffre déjà sans les faire alors je ne parle pas de la douleur quand je dois rentrer ces tubes de plexis, durs comme du bois, dans mon vagin ultra-douloureux. Tout cela pour qu’on ne me dise pas : « Cest trop tard, vous auriez dû le faire avant » parce que je pensais que ce qui ne pouvait pas être rattrappé, c’était la profondeur.
D’après le chirurgien de Thaïlande, la largeur du néo-vagin n’est pas définitive et peut tout à fait être augmentée en respectant des dilatations quotidiennes, à raison de trois heures par jour. Il affirme que je peux atteindre le dilatateur numéro 3, après plusieurs dilatations. Je suis donc revenue à des dilatations de plusieurs heures par jour pour tenter d’améliorer la largeur prétendument définitive d’après un chirurgien et non défintive d’après un autre…

• Je fais des massages de ma vulve depuis fin mars et les progrès ne sont pas flagrants. Si la douleur n’a pas changé, la sensibilité s’est peut-être un peu améliorée mais la quantification est difficile au vu du manque d’outil de mesure. J’utilise un vibromasseur qui me permet de stimuler tous les nerfs de ma vulve sur une durée assez longue, inatteignable par des massages manuels.

• Je n’aurais jamais eu de rêve « d’opération parfaite » si tout le monde ne m’avait pas vendu ce rêve, le chirurgien (« Ce sera comme une femme biologique2 ! ») comme les personnes opérées à qui j’ai parlé (« C’était si délicat, comme de la dentelle », « De toute façon celles qui disent que Chett’ est mauvais, c’est juste pour pourrir sa réputation »). Me demander d’en faire le deuil maintenant que mon corps est brisé, c’est un peu tard.

L’ancrage de la douleur ne fait que rajouter à la culpabilité personnelle : cette situation est de ma faute, même si j’étais physiquement guérie, je n’irai pas mieux parce que je crois avoir mal.

• Je n’ai aucune envie d’être réopérée, mon corps est fracassé et je doute de supporter une autre opération. De toute façon même si j’étais ré-opérée ce ne serait pas avant un an voire deux car le chirurgien est trop occupé. Mais mon vagin est sexuellement inutilisable, sa largeur étant celle d’un doigt en forçant et dire que ma prostate pourra me donner du plaisir sexuel est le signe qu’il n’a écouté que la moitié de ce que je lui ai dit. Ma prostate est extrêmement sensible et douloureuse au toucher par le vagin, la stimulation de celle-ci à but sexuel me ferait mal.

Parler de sexualité avec un clitoris hypersensible n’a aucun sens et par conséquent toute opération cherchant à élargir mon vagin pour une sexualité inexistante est inutile. Qu’un chirurgien spécialisé dans les vaginoplasties affirme que je devrais me contenter d’avoir du plaisir avec mon vagin en dit long sur la mentalité sous-jacente de cette « spécialisation ».

Le chirurgien m’a asséné les faits de manière violente sans se préoccuper de mon état. J’étais en larme à la fin et ça l’a juste amené à me dire qu’il « ne [connaissait] pas de filles [qu’il avait] opérées qui n’allaient pas mieux ou alors elles n’étaient pas revenues [le] voir. » Autrement dit, celles qui ne s’en sont pas sorties, c’est qu’elles sont mortes loin de lui sans plus de préoccupation.

Il ne m’a proposé aucun suivi, aucune façon de revenir pour une potentielle opération autrement qu’en reprenant rendez-vous, soit 6 mois d’attente pour juste un rendez-vous.

• Je suis sensée continuer la kinésithérapie, voir une psychiatre et commencer la mésothérapie. Sauf que je n’en ai plus rien à faire. Je me suis désengagée de tous les problème concernant ma « vaginoplastie » et je vis chaque jour de plus comme un jour avant la délivrance. Donc je vais encore plus mal qu’avant de voir ce chirurgien qui devait m’aider à aller mieux.

Je n’ai pas eu d’explications concernant :
          – Les douleurs et les tiraillement au moindre contact et à la moindre tension de ma vulve
          – La cicatrisation qui semble s’être arrêtée
          – La sensibilité qui n’est que partielle3
          – La miction parfois aléatoire et les problèmes gastriques
          – L’effondrement de ma petite lèvre droite
          – Les douleurs de ma prostate qui, comme mon clitoris, est douloureuse
          – Les pertes et leur nature
          – La sensation de pesanteur en position debout
          – L’inefficacité des anti-douleurs de type 2 et aucune proposition d’alternative

• Je n’ai pas eu le temps de parler de ma fistule recto-vaginale potentielle4 ni de vaginisme parce que je n’étais plus capable de parler.


C. Fun-fact

Le chirurgien s’est contredit deux fois et a fait un lapsus intéressant :
• Il a prétendu que tous les chirurgiens utilisaient aujourd’hui la même technique que ce soit en Thaïlande ou ailleurs (avec un air de supériorité et de condescendance) puis il a dit qu’au Canada et en France, ils avaient la même technique (avec une dilatation différente de celle de Thaïlande).
• Il a prétendu que la cicatrisation était terminée après 10 mois post-op’ avant de dire que la cicatrisation n’était pas terminée dans sa synthèse.
• Il a parlé de « malades » pour parler des personnes transgenres qu’il avait opérées.

1 Dr Morel-Journel : chirurgien français reconnu dans les GRS, sans doute l’un des meilleurs. J’y allais donc confiante.

2 femme biologique : oui, je suis une cyborg. Huh ? Les chirurgiens ne connaissent pas les expressions convenables ? Oui. C’est étonnant ? Non. Comme pour le reste au fond.

3sensibilité partielle : le haut de ma cuisse gauche et la partie gauche de ma vulve est comme anesthésiée en surface et moins sensible que la partie droite. Cela est dû à l’anesthésie générale et le traumatisme des nerfs lors de la chirurgie. Mais cela dure depuis longtemps…

4fistule recto-vaginale potentielle : de temps en temps, une partie de mes flatulences passe par mon vagin, signe qu’il y a un passage entre mon rectum et mon vagin.

Surgeon
Un ami m’a dit que c’était normal que les chirurgiens prennent de la distance avec leurs patient·e·s et les traitent comme un morceau de viande. Ils sont formatés comme ça. Sauf que j’avais lu « Le Choeur des femmes » et ça ne passe plus ces excuses.

2. Et maintenant ?

Ma famille m’en veut de mon relâchement et se réjouit des affirmations du chirugien de Thaïlande, faisant preuve d’un optimisme abusif pour contre-balancer mon désengagement total, ce qui mène à une exaspération des deux côtés. Surtout quand on voit tout ce que ma famille fait pour moi et que je reste aussi aimable qu’un rocher, c’est dire à quel point l’ambiance est cool. Et on pourra encore une fois critiquer mon manque d’investissement si on le souhaite. Cela n’est en aucune manière un problème car il semblerait que mon manque de « confiance », de « patience » et de ténacité dans l’application des soins post-opératoire m’aient conduite à ce résultat. Peut-être faut-il être un moine Shaolin pour avoir une post-op’ réussie et que mes pitoyables efforts jusque-là n’était qu’un centième de ce qu’il fallait donner. Et je ne suis qu’à moitié ironique3.
Parce qu’aujourd’hui je ne peux plus, je suis vidée et exténuée. On me demande de passer des heures à faire des dilatations qui sont de vraies tortures, de masser une vulve ultra-douloureuse, de croire qu’un énième traitement sera, lui, efficace, de discuter avec une psychiatre de tout ça alors que je n’en ai plus rien à faire, de garder espoir et confiance… Vous savez quoi ? J’ai envie de dormir. Mais je dois faire tout ça et ne pas être un poids trop lourd pour ma famille même si ça ne mène à rien d’autre que de la souffrance. Parce que je l’ai voulue cette opération, hein ? Parce que je dois assumer, y paraît… Et, soyons honnêtes, mon avis n’est pas valable concernant ma situation parce que je ne suis plus capable d’émettre un avis en toute objectivité par conséquent, je dois faire ce qu’on me dit et arrêter ma dépression grâce à la magie de la psychiatrie… Ce n’est pas ironique, c’est vrai. Je ne suis pas objective mais, sérieusement, jusque-là je n’ai rencontré personne qui ait un avis objectif sur ma situation parce que j’ai la foutue impression que personne n’y connait rien, même ceux qui la font cette foutue opération.

De toute façon, je ne vais pas me plaindre. Sauf ici parce qu’il le faut bien. Parce qu’égoïstement je tente peut-être de laisser une trace, aussi infime soit-elle ? Et aux autres ? Non. Je vais arrêter de raconter mon histoire. Parce que ça finit irrémadiablement de la même façon : on essaye de me transmettre de l’espoir (réaction attendue d’empathie) et de me dire que ça ira quand je verrai le prochain « spécialiste ». Le problème, c’est pas que j’y crois pas. C’est que j’y crois et que je suis déçue à chaque fois parce que ça donne rien. Vous savez ce qu’on fait dans ces cas-là ? C’est un peu comme quand on a plusieurs désillusions amoureuses à la suite, on se verrouille. On se verrouille parce qu’on en a marre de se prendre des baffes et là, j’en ai marre d’en prendre, genre vraiment. Et j’en ai assez de plomber l’ambiance à chaque fois, entre les gens qui ne savent pas quoi dire et celleux qui ont plein d’idées optimistes. Alors je me désengage parce que quand on ne peut même plus pisser correctement et qu’on peut même plus avaler de la sauce ou des trucs un peu exotiques parce qu’on digère plus rien, c’est les derniers trucs de la vie qui dégagent.

Vous savez ce que je ferais si je rencontrais une personne qui serait comme moi ?
Je la serrerais dans mes bras.

Mais oui, poussez-moi dans mes retranchements, dites-moi que ce n’est pas bien de « ne plus avoir d’espoir, qu’il faut y croire et que ça va aller ». « Ça va aller ». Est-ce que vous vous rendez compte de la foutue injonction que c’est ? Cette phrase, à elle seule, vous charge du devoir d’aller mieux. Parce qu’on vous a dit que ça allait « aller mieux » et que vous devez aller mieux. Bah oui, l’idée que ça n’ira pas mieux, ce serait déprimant, pas vrai ? Et la médecine, elle a toujours des super techniques extraordinaires pour aller mieux, hein ? Et on peut s’y fier, d’ailleurs. Ces deux chirurgiens qui ont un avis contraire sur mon état, tous ces médecins que j’ai vus et qui n’avaient pas d’avis… Ce sont des gens compétents, ils ont fait des études, ils sont très intelligents et ils ont une blouse. Ah oui, la blouse, le symbole de la maîtrise du sujet. On peut dire qu’ils maîtrisent leur foutu sujet, ces gens-là.

Mais je ne devrais pas écrire tout ça, parce que les gens ça va les faire soupirer de désespoir et se dire que je suis vraiment chiante. Dites-vous ce que vous voulez maintenant, je m’en fiche vraiment, parce que j’écris ça pour moi parce que je suis une foutue égoïste qui a besoin de décompresser.

3 ironique : à moitié. Parce qu’il faut dire que quand les douleurs ont commencé j’étais très confiante et optimiste donc ce n’est pas une cause psychologique qui en est responsable. Donc croire qu’être confiante et optimiste va les faire disparaître…

Money
J’ai juste l’impression que le chirurgien de Thaïlande a pris l’argent de ma famille et m’a ratée pour me laisser me traîner avec ça en me balançant des conseils quand il a le temps.
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2 réflexions au sujet de « SRS V – Ascenseur émotionnel »

  1. (1) Ce site est magnifique.
    (2) J’ai envie de te faire un câlin. (mais je suis loin alors je t’envoie un câlin virtuel 😉 )
    (3) Je pensais Morel-Journel plus sympa que ça. Mais ça devrait pas m’étonner. Il dit beaucoup de merde apparemment.

    Je rentre pas dans le détail, mais il ne faut pas prendre à la lettre ce que dis MJ. Je suis super déçue que ton RV avec lui ce soit passé comme ça. Je trouve ça incroyable. On m’en avait donné une vision plus positive. :/

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou, merci beaucoup, ça me fait chaud au coeur 🙂

      Je pense que le Dr Morel-Journel est assez sympathique habituellement mais là plusieurs choses ont joué : ce n’est pas lui qui m’a opérée et il n’a pas compris sur le coup que ce qu’il me disait était un coup dans le ventre.
      Cela n’excuse rien mais je pense qu’il doit mieux se comporter avec les personnes qu’il opère depuis le début mais je ne peux pas en témoigner, j’ai également entendu des témoignages positifs le concernant… Mais là, c’était peut-être l’effet ce-n’est-pas-moi-qui-ait-opéré-c’est-pas-mon-problème. Cela dit, il a dit des choses qui restent inacceptables mais moins que d’autres chirurgiens.

      Je ne prends pas à la lettre ce qu’il m’a dit maintenant, sur le coup c’était très violent mais j’ai réussi à prendre un peu plus de recul. Merci 🙂

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