Les dilatations

Mise à jour : Novembre 2017

Retour à la vaginoplastie

Sommaire
1. Qu’est-ce que la dilatation ?
2. Dilatations trop douloureuses : A. Quels dilatateurs choisir ?, B. Arrêt des dilatations
3. La pratique : A. Dilatation statique, B. Dilatation dynamique

Approfondir…
Les différentes techniques chirurgicales
Le déroulement d’une vaginoplastie
• Les dilatations (vous y êtes)

Préambule : les dilatations que je décris ci-dessous concerne les vaginoplasties réalisées avec la technique de non inversion. Les autres techniques demandent des dilatations qui peuvent être différentes mais vous pourrez trouver quelques astuces pour vous aider.

1. Qu’est-ce que la dilatation ?

Note : j’explique dans cette section la dilatation statique. La dilatation dynamique est différente et je l’explique dans la dernière section.

Quand on parle de la création par chirurgie d’un néo-vagin, cela va généralement avec la question des dilatations. Et cela pour une raison assez simple, la cavité créée étant non-naturelle, le corps va chercher à la refermer puisque contrairement aux autres orifices du corps, le néo-vagin n’était pas prévu sur le plan d’origine. Il faudra, pour éviter cela, domestiquer lentement les tissus qui ont été utilisés pour former le néo-vagin1 et conformer progressivement la largeur de cette cavité tout en conservant la profondeur obtenue.
Au fil des mois, les dilatations vont pouvoir s’espacer, passant de quotidienne à hebdomadaires2. Le néo-vagin va se resserrer de moins en moins vite et garder sa profondeur originale sur un temps plus long mais il ne faut jamais oublier qu’il sera nécessaire de continuer les dilatations à vie car il finira toujours par se refermer si les dilatations ne sont pas faites ou si aucune activité sexuelle pénétrante n’est pratiquée.

La période critique pour les dilatations, ce sont les deux premières années et en particulier la première. Si les premiers six mois sont les plus durs, avec des dilatations quotidiennes conseillées (entre 2h à 3h par jour). Il est possible de progressivement diminuer le temps de dilatation par jour ou d’espacer les jours de dilatation (un jour sur deux par exemple) une fois que la première année est passée et que tout se passe bien3. Pendant la deuxième année, si tout se passe bien, une réduction progressive des dilatations peut se faire jusqu’à atteindre une dilatation par semaine vers la troisième année.
Mais il ne faut pas considérer que c’est LE planning à suivre car cela dépendra de chaque personne. Pour réduire à une dilatation par semaine, il faut ne plus souhaiter d’amélioration concernant la largeur4 et avoir des dilatations qui ne sont pas trop désagréables. Si celles-ci sont douloureuses*, les espacer ne fera qu’empirer le problème.

Le principe d’une dilatation est d’introduire un dilatateur (qui est l’équivalent médical d’un sextoy) dans le vagin afin de maintenir la profondeur de celui-ci et de dilater les tissus afin de permettre l’introduction d’un dilatateur plus large après quelques minutes5 de dilatation… Cela pour élargir progressivement le vagin en plus de maintenir sa profondeur. Le passage d’un dilatateur à un autre, plus large, peut s’avérer douloureux (voire impossible) et nécessiter un temps de dilatation plus long avec le dilatateur en place pour rendre les tissus les plus souples possibles avant de changer de diamètre.

Cela se fait très progressivement, depuis la post-vaginoplastie et l’enlèvement des pansements avec le premier dilatateur à six mois voire un an6 pour atteindre le dilatateur le plus large selon les personnes et le set de dilatateurs. Il ne faut pas brûler les étapes et y aller progressivement au risque de se blesser et de compliquer la cicatrisation. L’idée étant de faire des dilatations longues pour passer du premier au diamètre maximum que l’on peut introduire sans trop de douleur, inutile de trop forcer. Le lubrifiant ne changera pas grand-chose, il n’est pas à négliger mais baigner dans celui-ci ne fera pas rentrer un dilatateur qui ne passe pas. Seule la dilatation et la manipulation du dilatateur peut dilater assez les tissus pour que le diamètre suivant puisse être introduit. Pour cela, il faut tourner délicatement le dilatateur en cercle pour élargir au l’entrée du vagin et faire des mouvements de va et vient jusqu’à venir taper contre le fond du vagin, sans y aller trop fort. C’est ce qu’on appelle la dilatation dynamique et elle n’est pas obligatoire mais conseillée si l’on souhaite accélérer la dilatation. Elle n’est à réaliser que si l’on est à l’aise et que ce n’est pas trop douloureux.


Le principe de la dilatation

1 : donc les tissus du pénis, du scrotum ou de l’intestin selon la technique utilisée.
2 : en l’absence de relations sexuelles impliquant une pénétration suffisamment longue et profonde. Si tel est le cas, cela fait office de dilatation.
3 : à savoir, que les dilatations ne sont pas trop désagréables, qu’une bonne largeur a été atteinte et qu’il n’y a pas eu de profondeur de perdue. Si ce n’est pas le cas, diminuer les dilatations pourrait aggraver les problèmes.
4 : si tel est le cas, les dilatations doivent être faites de façon soutenue jusqu’à ce que l’utilisation du diamètre souhaité soit facile et faisable après une courte dilatation avec un diamètre inférieur.
5 : en théorie.
6 : si la vaginoplastie réalisée avec la technique de non inversion n’a pas de limite dans le temps concernant l’élargissement vaginal, il semblerait que la technique d’inversion pénienne ne laisse qu’environ une dizaine de mois pour atteindre l’élargissement souhaité. Au-delà de cette limite, le néo-vagin ne pourrait plus être élargi sauf par chirurgie. Cette affirmation est soumise à vérification car ce n’est pas la technique dont j’ai bénéficié. Cette information vient du Dr Morel-Journel à Lyon.

2. Dilatations trop douloureuses

Si la manipulation du dilatateur est trop douloureuse, il est possible d’utiliser un gel anesthésiant local (j’utilise de la Xylocaïne® mais il existe de nombreux produits pour cela). Ainsi la doulour sera plus supportable et la manipulation plus aisée. D’après mon expérience, plus la dilatation dure longtemps, plus elle est supportable, le début est toujours plus douloureux. Par conséquent si la dilatation dynamique est impossible pour une question de douleur, la dilatation longue (de 2h-3h) est l’alternative conseillée mais elle demande du temps libre en étant en position allongée et cela quotidiennement ou un jour sur deux.
Si toute dilatation est impossible et que la douleur est trop grande même avec du lubrifiant et de l’anesthésiant, c’est que la cicatrisation pose problème au niveau des tissus et des nerfs. Pour cela, il n’y a pas de solution à court terme mais il faut trouver un moyen de continuer les dilatations si l’on ne veut pas perdre de profondeur. La confection d’un dilatateur plus fin, comme avec une bougie couverte d’un préservatif, peut être une solution, tant que celui-ci va assez profond. L’autre étant l’achat d’un autre set de dilatateur sur des sites spécialisés1. Je ne peux que conseiller l’achat d’un set de dilatateur car la confection artisanale est toujours plus risquée et la dilatateur obtenu sera fragile.

Ainsi, vous pourrez avoir à votre disposition des dilatateurs plus fins et plus agréables à utiliser que ceux qui vous ont été fournis par le chirurgien qui a réalisé votre vaginoplastie. Il est important de savoir que les dilatateurs qui sont donnés habituellement sont très loin d’être les plus confortables. Quand vous vous plaindrez, les médecins vous diront que vous êtes trop douillette ou qu’il faut persévérer mais ce n’est pas eux qui font les dilatations et, de plus, chaque personne étant différente, un même set de dilatateur peut être utilisable par une personne et un enfer pour une autre. N’hésitez pas à chercher sur Internet des sets de dilatateurs plus adaptés à vos besoins (diamètre, matière…) en tapant simplement « dilatateur » ou « dilator » (en anglais) dans votre moteur de recherche. Plusieurs sites proposent nombre de sets différents qui sauront répondre à vos besoins, si vous souhaitez savoir lequel j’utilise, je le décris plus bas.

Pour donner une idée, je vais prendre le set de dilatateur qui m’a été donné après ma vaginoplastie. Ce sont des quatre tubes de plexiglas pleins d’environ 20 cm de longueur (graduée en pouces) pour des diamètres de respectivement 23 mm, 26 mm, 29 mm et 32 mm. Si les toutes premières dilatations ont été faites avec un pré-dilatateur d’environ 20 mm de diamètre, je suis arrivée à 23 mm après deux semaines et à 26 mm après un mois et demi. J’ai atteint 29 mm juste avant que ne commencent mes problèmes, après deux mois. Le diamètre de 32 mm est sensé être atteint après trois mois grand maximum (d’après le planning conseillé par le chirurgien) et je n’ai pu y arriver qu’après onze mois. Et quand je dis que j’y suis arrivée, c’est après plusieurs heures consécutives de dilatation avec les dilatateurs précédents.

A. Quels dilatateurs choisir ?

Un espacement de diamètre entre les dilatateurs le plus court possible afin de pouvoir passer plus facilement d’un dilatateur à l’autre.
Une longueur suffisante afin d’atteindre le cul-de-sac vaginal avec chaque dilatateur si possible.
Une matière agréable pour rendre les dilatations plus douces, le plastique étant relativement dur et le silicone étant plus doux.
Une bonne flexibilité si vous souhaitez utiliser les dilatateurs en position debout ce qui n’est pas possible avec des dilatateurs rigides.
Un diamètre peu élevé pour les premiers dilatateurs si vous avez des problèmes de douleur liés au diamètre

Ci-dessous voici une comparaison entre le set du chirurgien et le set que j’ai acheté de mon côté…



Set du chirurgien : Dr Chettawut, Thaïlande


Set en silicone : Vagiwell® à 98€

B. Arrêt des dilatations

Si l’utilisation d’un autre set ne vous permet pas de réaliser des dilatations plus agréables, il y a un problème de fond qu’il est nécessaire de résoudre. Pour cela, il faudra trouver un médecin suffisamment compétent si votre chirurgien n’assure pas un suivi convenable. Il faut considérer que si les dilatations peuvent parfois être infernales, il est nécessaire des les réaliser si on souhaite avoir des relations sexuelles qui impliquent la pénétration (que ce soit avec les doigts, des sextoys, un pénis ou autre). Personne n’a le droit de vous blâmer si vous décidez d’arrêter. C’est votre corps et votre droit. Et si vous n’arrivez pas à aller au-delà d’une certaine largeur de dilatateur, vous n’y êtes pour rien, ce n’est pas votre faute.
Si vous avez perdu de la profondeur, il n’y a que la chirurgie qui peut vous la rendre sauf si vous en avez perdu depuis peu de temps. Si celle-ci n’a pas été perdue depuis trop longtemps, un outil fin comme un stylo peut aller plus loin qu’un dilatateur classique et dilatater le fond du vagin qui n’est plus accessible lors de la dilatation afin de le re-élargir. Cela doit être pratiqué avec prudence et avec un outil qui n’est pas trop pointu pour ne pas créer de fistule.

À propos des douleurs, celles-ci peuvent avoir des origines diverses qu’il faut vérifier afin de s’assurer que ces problèmes s’arrangent :
Une mauvaise cicatrisation de la vulve et du vagin : trop grande fatigue, mauvaise alimentation, infections, mauvaises sutures…
Une fistule recto-vaginale ou vésico-vaginale qui peut entretenir des douleurs et des fluides originaires de la vessie ou des intestins qui empêchent une bonne cicatrisation.
Les nerfs qui sont traumatisés par la chirurgie qui peuvent avoir des problèmes à se reconnecter correctement. La résolution de ces douleurs neuropathiques prend du temps et plusieurs traitements peuvent être requis.

Le problème étant que si vous avez tous ces problèmes en même temps, c’est le cercle vicieux qui peut s’installer et empêcher toute amélioration notable. Les aspects suivants peuvent aider à améliorer cette situation :
Le moral qui a un impact positif ou négatif sur la cicatrisation et le fait de se sentir coupable de ses douleurs ne fait que les amplifier. Souvenez-vous que si vous avez des douleurs, c’est généralement lié au chirurgien qui a pu mal faire son travail et que vous n’êtes pas responsable.
Læ•s partenaire•s qui peuvent accompagner positivement les dilatations, que ce soit pour en parler, y participer ou les transformer en jeu sexuel afin de les rendre plus sympathiques.
La masturbation qui peut aider à une diminution de la douleur grâce à la bonne stimulation des nerfs. Mais pour cela, il faut que le néo-clitoris soit fonctionnel.
Le soutien de la famille et des amis qui est bien sûr important.

1 : il existe plusieurs sites qui vendent des sets de dilatateurs, la plupart du temps, leur but est de vendre aux femmes cisgenres faisant du vaginisme ou de la rééducation périnéale mais cela convient parfaitement aux femmes transgenres ayant fait une vaginoplastie. Vous pourrez trouver des sets sur Périnée Shop ou Gyneas par exemple.

3. La pratique

La manière dont on fait ses dilatations est éminament personnelle pour la simple raison qu’elle touche l’appareil génital et que chaque personne n’a pas le même rapport à celui-ci. De plus, si la vaginoplastie présente des complications post-op, les douleurs peuvent rendre les dilatations très difficiles – voire impossible – et par conséquent il est nécessaire de développer des façons de procéder plus douces et plus délicates.
Les astuces que je peux développer ici sont issues de mon expérience personnelle et je tiens à souligner qu’il peut exister bien d’autres possibilités que je n’ai pas forcément découvertes. Ne vous arrêtez donc pas à mes propos et tenter d’innover par vous-même pour trouver des techniques qui vous conviennent.

A. Dilatation statique

La dilatation statique consiste simplement à introduire le premier dilatateur du set et le pousser jusqu’au fond du vagin. Il est possible de passer outre le premier dilatateur une fois que la largeur a vraiment augmenté mais cela demandera plusieurs mois. Il faut s’assurer que le dilatateur ne ressort pas et reste contre le fond du vagin, on peut maintenir une faible pression mais il faut veiller à ne pas trop le pousser pour ne pas blesser le cul-de-sac vaginal. Après avoir laissé le dilatateur en place pendant suffisamment longtemps (de quelques minutes à plusieurs dizaines) on peut passer à la taille suivante et ainsi jusqu’à la taille maximale qu’on supporte.
Cette dilatation se fait bien sûr en position allongée et sur la durée. Il est éventuellement possible de se lever et de garder le dilatateur en place avec un slip et une serviette de protection. Cependant cela demande d’avoir un set de dilatateurs flexibles, en silicone par exemple, car un set en matière dure ne se prête pas à la station debout. Il est nécessaire de souligner que faire des dilatations en étant debout n’est réellement pas aisé.
Le problème reste la durée. Selon les chirurgiens, le planning va beaucoup varier mais globalement cela peut aller de trois heures par jour à une heure par semaine. Trois heures par jour, soit trois fois une heure, c’est énorme. Encore plus quand on sait qu’on devrait le faire pendant un à deux ans. Cela finit par peser de façon très lourde sur le moral et rendre les dilatations vraiment insupportables.

On arrive à une conception bénéfices/inconvénients assez rapidement entre le temps qu’on y passe, l’augmentation de la largeur, les douleurs potentielles, l’utilisation de son vagin dans d’éventuelles relations sexuelles… On finit toujours par faire son propre planning pour rendre cela vivable et ne plus passer tout son temps à faire ça (au début, avec un bouquin ou une série, c’est sympa mais ça devient très vite lourd). Et c’est normal. Il faut se réapproprier son corps et faire des essais pour voir si on perd de la largeur et/ou de la profondeur en laissant plusieurs jours passer. Il n’y a pas de planning magique et cela va toujours dépendre du corps de chaque personne.

Ayant des douleurs encore bien trop présentes pendant les dilatations, j’ai fini par choisir une solution viable à long terme qui ne prend pas tout mon temps libre. Je fais mes dilatations de nuit, mes dilatateurs en silicone sont confortables et ne glissent pas ou peu, cette solution m’a changé la vie.

B. Dilatation dynamique

La dilatation dynamique est une alternative à la statique. Elle ne peut pas se faire pendant les premières semaines, il est nécessaire d’attendre une guérison profonde de la vulve et du vagin. C’est pour cela qu’il est déconseillé de la pratiquer si on souffre de douleurs post-op durables pour éviter d’ouvrir d’autres blessures.
Elle est plus aggressive et plus difficile que la dilatation statique mais elle semble offrir de meilleurs résultats sur un temps plus réduit. Il faut faire attention et ne pas trop forcer pour éviter tout saignement – auquel cas il faut repasser à la statique.

     • 1. Introduire le premier dilatateur
     • 2. Aller jusqu’à la profondeur maximale
     • 3. Appuyer relativement fort durant 10 à 15 secondes
     • 4. Relâcher et respecter une durée de repos de quelques secondes
     • 5. Faire des larges rotations de 3 secondes durant 10 à 15 secondes.
     • 6. Après 10 à 15 minutes passer au dilatateur plus large et recommencer à l’étape 2
     • 7. Dilatation terminée


Schéma d’une dilatation dynamique issu de SRS With Dr Suporn – 2015

Souvent considérée comme étant bien plus douloureuse, cette technique est réservée aux personnes souhaitant gagner du temps et qui n’ont pas de douleurs trop fortes.

Avertissement : Tout ce que vous trouverez ici provient de mes connaissances et de mes tests empiriques (dont la validité est hypothétique). Les opérations chirurgicales sont différentes selon les chirurgiens et les patient·e·s. Les techniques de chirurgie évoluent sans cesse et il est nécessaire de se tenir informé·e si l’on souhaite en connaître tous les détails. Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !

Concernant les termes utilisés, si vous êtes perdu·e, allez voir le lexique.

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