Journal de séjour en Thaïlande

Mise à jour : Octobre 2017

Retour à Mes chirurgies

1. Journal de mon séjour I : A. Arrivée en Thaïlande, B. Une récupération difficile
2. Journal de mon séjour II : A. Une routine tranquille, B. Entre angoisse et douleurs
3. Synthèse de mon séjour

Préambule : au début de ma transition, j’ai considéré les possibilités que m’offraient la chirurgie pour savoir vers lesquelles j’allais ou non me tourner plus tard.

          • La mammoplastie ne m’a pas intéressée parce qu’une petite poitrine me convenait parfaitement au vu de l’aspect genderfluid de mon identité de genre (et surtout parce que j’ADORE ma poitrine). De plus je n’aimais pas l’idée d’avoir des prothèses qu’il allait falloir changer après plusieurs années et comme je n’ai pas de graisse pour une mammoplastie alternative, c’était la seule possibilité et elle ne m’intéressait pas.

          • Pour mon visage, j’ai longtemps pensé à l’idée d’une rhinoplastie parce que j’ai un nez aquilin qui est loin des clichés typiques sur les nez dits « féminins ». J’ai finalement détourné cette idée pour deux raisons, la première étant que ma soeur a un nez qui est proche du mien et cela ne choque absolument pas et la deuxième c’est que j’en suis venue à une acceptation de cette particularité. Le reste ne mon visage étant fin, toute opération était exclue. Cela dit, j’ai considéré qu’un rasage de la pomme d’Adam était un bonus intéressant car elle était assez visible sans être très saillante pour autant.

          • Concernant l’aspect génital, j’étais attirée par la vaginoplastie. Ce n’était pas pour légitimer mon identité de genre, surtout qu’étant genderfluid, ça n’aurait pas eu de sens. J’étais attirée par l’anatomie de la vulve, les variations impressionnantes qui existaient et les possibilités importantes au niveau de la sexualité. , je savais que j’aurai fini par faire une vaginoplastie dès que j’en aurais eu la possibilité financière. Et je voulais la faire le plus tôt possible pour que mon corps cicatrise et s’y adapte jeune pour explorer ma sexualité nouvelle après la cicatrisation. La question de la sensibilité sexuelle était donc très importante pour moi, je ne voulais pas d’une vulve qui ne soit pas sexuellement fonctionnelle.

Le choix du chirurgien a été aiguillé par les personnes transgenres que j’ai côtoyées. Celles avec qui j’ai pu discuter avaient été opérées génitalement par le Dr Chettawut (Bangkok, Thaïlande) et ce chirurgien m’avait été conseillé par plusieurs personnes auprès de qui j’avais mené ma petite enquête. Je savais que la Thaïlande était le pays le plus réputé pour les vaginoplasties mais je voulais avoir le meilleur chirurgien possible avec un tarif convenable. J’ai longtemps hésité avec le Dr Suporn, un des chirurgiens les plus réputés avec le Dr Chettawut, mais je me suis décidée sur deux choses : le site web du Dr Chettawut était actualisé alors que celui du Dr Suporn ne l’avait pas été depuis plusieurs années et les personnes que je connaissais qui avaient bénéficié d’une vaginoplastie avaient été opérées par le Dr Chettawut. C’est donc celui-ci que j’ai choisi.

1. Journal de mon séjour

A. Arrivée en Thaïlande

Maintenant que j’étais décidée sur le chirurgien à contacter, il restait le problème épineux du coût de l’opération qui était de 9 000 € avec la greffe de peau et le rasage de la pomme d’Adam. Sans oublier le vol, l’hôtel et la nourriture… J’ai eu la chance immense d’avoir l’aide de ma famille qui, grâce à un héritage, a pu financer ma vaginoplastie. J’ai été accompagnée par ma tante les quinze premiers jours et par ma soeur les quinze derniers. Tout cela a coûté plus de 16 000 €, non remboursé par la sécurité sociale. C’était un coût très important mais grâce à ma famille cela n’allait pas demander d’emprunt et j’allais avoir plusieurs mois pour m’en remettre tranquillement. J’étais sûre et certaine que le chirurgien était excellent et c’est pourquoi je me suis lancée dans les échanges d’e-mails avec l’équipe du Dr Chettawut qui m’ont menée à réserver la date du 14 juillet 2016 (celle-ci fût changée pour le 15 juillet peu de temps avant) pour ma vaginoplastie et le rasage de ma pomme d’Adam. Il est notable de savoir qu’il vaut mieux s’y prendre un an à l’avance pour réserver une date afin d’être libre de celle-ci.
Le versement a été effectué quelques mois avant mon arrivée en Thaïlande et j’ai continué les échanges d’e-mails pour ce qui était des examens (radios, analyses de sang…) nécessaires aux opérations que je souhaitais. À ce moment-là, le seul problème était le manque de détails sur la manière dont mon séjour allait se passer. L’équipe du chirurgien ne me donnait que très peu d’informations et cela m’angoissait assez mais j’étais trop extatique pour y penser avec sérieux. Au fond, je crois que je faisais tout pour ne pas penser à ce qui pouvait mal se passer dont l’opération elle-même… je me souviens m’être dit que je ne pourrais pas supporter psychologiquement que la vaginoplastie fût un échec mais que, de toute façon, ça ne risquait pas d’arriver vu la réputation du chirurgien. Comme quoi, on peut se tromper et faire confiance aveuglément à une réputation.


La première partie de mon séjour en Thaïlande jusqu’à ma GRS

     • 09-10 juillet : je passe sur le trajet en train et les déambulations dans l’aéroport de Paris, à noter que mon passeport à mon morinom, tranchant largement avec mon apparence, n’a fait qu’assez peu réagir les autorités, j’ai eu le droit à des regards appuyés de certain•e•s douanier•ère•s mais aucunes questions personnelles ni invasives. Je pense que le fait que je sois blanche et avec un bon passing a grandement joué… en plus de l’amélioration des connaissances globales des personnes en poste à propos de la transidentité. Que ces connaissances soient à jour ou non n’est pas le but (bien que ce serait mieux), l’intérêt c’est surtout que ces personnes savent que les personnes transgenres existent et que le mieux est de nous laisser passer sans trop de problèmes. Bien sûr, si je n’avais pas été blanche, j’aurai sûrement eu droit à des questions, au vu de la situation politique où le racisme est exacerbé.
Assez excitée au début car c’était la première fois que je prenais l’avion, j’ai découvert que j’étais très peu à l’aise. J’ai eu des bouffées de chaleur violentes, augmentées par l’arrêt du THS, selon les demandes du chirurgien, et le stress. J’ai cru que j’allais m’évanouir de nombreuses fois pendant le vol et je n’ai été sauvée que par tous les objets froids qui me passaient sous la main : des glaçons récupérés par ma tante pour moi auprès de l’équipage, ma bouteille d’eau, mon dessert… Ne sachant pas comment procéder lors de la descente de l’avion, mes oreilles se bouchèrent ce qui aggrava mon malaise mais enfin sur le sol, nous pûmes sortir de cet appareil.
L’aéroport était gigantesque, le passage de la douane m’a semblé durer un temps infini du fait de mon état mais nous arrivâmes finalement à nos bagages. Je laissai presque ma valise filer devant moi tant j’étais épuisée, ce fut ma tante qui la récupéra. Trouver le chauffeur qui devait nous emmener à l’hôtel fut assez facile, il tenait une pancarte avec mon nom de naissance et ce fut assez désagréable mais ne parlant qu’à peine anglais, je supposais qu’il ne devait pas savoir lire l’alphabet latin et donc le sens de la pancarte ne voulait rien dire pour lui. Il se rattrapa en étant très prévenant et gentil. On communiquait par geste et par quelques mots d’anglais mais nous finîmes par sortir de l’aéroport. Là ce fut une chaleur écrasante, comme dans un sauna, qui nous tomba dessus, c’était la première fois que j’étais face à une chaleur tropicale et aucune lecture n’aurait pu me préparer à cela. On s’habitue ou on ne s’habitue pas mais c’est particulièrement dépaysant. Le chauffeur me donna une lettre avec toutes les indications pour les prochains jours me concernant. Le rendez-vous avec le Dr Chettawut était le 12 juillet et je devais commencer le régime liquide le même jour jusqu’au 15 juillet. Les médicaments que je devais prendre étaient détaillés sur une autre feuille.


Les trois documents contenus dans la lettre reçue à l’aéroport : la lettre de bienvenue, la lettre indiquant le rendez-vous et les indications concernant le nettoyage de l’intestin (cliquez sur les noms des documents si vous souhaitez les consulter séparement)

Le trajet en voiture fut sans encombre, nous passâmes par l’autoroute payante qui est bien plus rapide que les avenues embouteillées et nous arrivâmes en un quart d’heure à l’hôtel Bangkok Rama. Il nous arrêta juste devant la porte et un portier vint ouvrir ma portière puis nous tenir la porte, ce qui me gêna particulièrement malgré sa gentillesse. La réceptionniste nous accueillit en anglais puis expliqua tant bien que mal les informations concernant notre bungalow. Je compris globalement et nous fûmes conduites par le portier jusqu’à notre pied-à-terre en voiture électrique. Il se chargea des bagages et nous pûmes nous installer tranquillement.
Le cottage était dans un environnement très reposant, entouré de végétation et d’autres petits bungalows, on était protégées du bruit de la circulation et malgré un ameublement vieillot, c’était agréable. Nous avions une kitchenette à disposition, deux lits séparés et une salle de bain, la climatisation était aussi présente bien qu’assez bruyante. Il était vers les 7h et nous dormîmes jusqu’à 12h pour récupérer du vol, bien que mes oreilles restèrent bouchées par la pression ce qui m’empêchait de me détendre. Elles se débouchèrent peu à peu pendant les trois premiers jours.
Le dîner se fit à l’hôtel dans un restaurant quasiment vide, nous fûmes chouchoutées et le repas fut tout à fait agréable. La nuit qui suivit fut reposante malgré la chaleur pesante à laquelle nous avons dû nous habituer.


Notre cottage, au bout d’une allée du jardin.

     • 11 juillet : la seule journée de libre que j’avais avant de commencer le régime liquide fut dédiée au tourisme. Je ne savais pas si j’allais pouvoir en profiter plus tard donc autant aller voir la ville quand je le pouvais encore. Un rapide petit déjeuner dans le restaurant toujours vide l’hôtel et nous appelions un taxi pour nous emmener au Grand-Palais. Celui-ci n’entravant pas un mot d’anglais, ce fut la réceptionniste qui expliqua où il devait aller et ce fut assez expéditif car il nous éjecta presque de la voiture une fois que nous fûmes arrivés.
Perdues dans une ville immense et sous une chaleur pesante, nous cherchâmes l’entrée du Grand-Palais entouré par des murailles. Nous commençâmes notre visite qui dura jusqu’au midi dans une chaleur infernale et les conflits avec les autorités locales. En effet, la visite ne peut se faire qu’avec les bras et les jambes couverts, cela étant jugé assez peu objectivement par les agents de sécurité. Tout vêtement trop court mène à un refus brutal de rentrer à coups d’exclamations assez violentes en thaïlandais.
Malgré les quelques péripéties que nous avions pu vivre, la visite s’avéra enrichissante et nous ressortîmes exténuées pour le déjeuner. Un Subway plus tard, nous rentrâmes à l’hôtel pour récupérer de la chaleur qui nous épuisait. Le dîner se fit encore à l’hôtel.


Le Grand-Palais compte énormément de monuments particulièrement beaux, je n’irai pas tous les montrer ici mais voici le Grand Chédi Doré

     • 12 juillet : le premier jour du régime liquide demandé par le chirurgien. Les explications étaient assez floues et je ne savais absolument ce que j’allais pouvoir manger pendant ces trois prochains jours. Le lait, le pain, les pâtes, les légumes, la viande et les fruits étant interdits… il ne reste pas beaucoup de possibilités. Les jus de fruit sans pulpe, le thé & le café, les boissons gazeuses & énergisantes ainsi que le miel et le sucre sont autorisés, les bouillons sans gras (à comprendre de la soupe légère) constituent l’essentiel des repas mais nous comprîmes assez tard que cette expression se référait à de la soupe (les légumes étant interdits, pourquoi la soupe serait-elle autorisée ?). Mon petit-déjeuner se limita à un thé… qui finit par terre après une petite dizaine de minutes. Le stress, la chaleur ou le thé trop chaud – voire l’ensemble des trois – me firent recracher tout au milieu du restaurant, heureusement quasiment vide. Rouge de honte et le ventre vide, j’allai au cottage pour me préparer pour le rendez-vous avec le chirurgien.
Notre chauffeur de l’aéroport nous attendait et le voyage se fit sans encombre pour arriver devant le centre de chirurgie plastique du Dr Chettawut. Je m’attendais à un bâtiment assez impressionnant et classe mais c’était un bâtiment coincé entre deux autres dans une rue passante. L’endroit n’était pas vraiment à la hauteur de mes attentes mais je me suis dit que l’intérieur devait être mieux. Ce dernier était correct mais sans plus, digne d’un cabinet tout à fait classique de dentiste ou de médecin en Europe. Qu’importe après tout, ce n’était pas la décoration qui était le but de mon voyage jusqu’ici.


La clinique du Dr Chettawut, photo venant de Nikki’s New Groove

Devant le bureau de renseignement, un homme attendait. Nous apprîmes que c’était le traducteur engagé pour nous aider pour les questions administratives, les formalités se passèrent sans problème jusqu’à l’attestation d’un psychologue qui était une copie alors qu’ils voulaient l’originale. Cela nous value de prendre rendez-vous avec un psychiatre le lendemain pour… 200€. Sans avoir vraiment le choix, nous acceptâmes et je pu rencontrer le chirurgien.
Je pus me rendre compte que l’endroit était vraiment petit, le bureau du chirurgien était à l’étage et nous parlâmes moins de dix minutes. S’il était gentil, mes questions concernant l’apparence de ma vulve restèrent sans réponse franche et je dû montrer mon appareil génital pour qu’il prenne une photo. Je n’étais pas là pour me montrer pudique mais certaines choses manquaient sans doute de subtilité. Je reçus mes médicaments pour les jours à venir et je fus assez vite poussée vers la sortie.
Sans indications claires sur ce que je pouvais manger ou non, je ne savais pas ce que je pouvais manger, ainsi je m’alimentai avec des boissons sucrées (que je n’ai jamais beaucoup apprécié) jusqu’à l’écoeurement total et une faim de plus en plus importante.


Le rez-de-chaussée de la clinique

     • 13 juillet : le lendemain matin, le petit-déjeuner fut peu fourni et ma constitution assez faible commençait à accuser le coup. Notre chauffeur attitré revint nous chercher pour le rendez-vous avec le psychiatre, il nous emmena dans un hôpital extrêmement luxueux où nous passâmes toute la matinée à attendre notre rendez-vous. Celui-ci s’avéra n’être rien d’autre qu’une boutade et une véritable parodie. Le psychiatre me reçut et me posa des questions classiques comme « Savez-vous que vous serez stérile après cela ? » ou d’autres particulièrement étranges comme « Parlez-vous à des personnes mortes ? ». Cela dura une dizaine de minutes avec l’aide d’une traductrice et ayant répondu correctement à ses réponses, le psychiatre me fit le papier demandé et nous pûmes enfin partir.
La faim se faisait toujours plus sentir (je ne savais toujours pas que j’avais le droit à la soupe) et je dus commencer à prendre les médicaments prescrits dans l’après-midi. Des laxatifs (deux comprimés de Dulcolax®) tout d’abord qui firent effet assez rapidement mais le pire de cette journée fut l’Enema® qui comprend une poire dans laquelle on met le produit afin de l’introduire dans l’anus en une seule fois. Je ne décrirai pas en détails l’effet obtenu après introduction mais le petit dessin visible sur la feuille est la meilleure des descriptions.
Épuisée physiquement par manque de nourriture et par les médicaments, je partis me coucher avec enfin de la soupe car une française (la maman d’une jeune femme transgenre qui venait aussi pour une GRS) avait indiqué à ma tante que la soupe était autorisée.


Il y a plein de petites fontaines dans le jardin et c’est particulièrement reposant.

     • 14 juillet : la pire journée de ce régime liquide. Je dus commencer à prendre la moitié du Swiff® qui déclencha rapidement une diarrhée violente et douloureuse pour les intestins. Mais le plus atroce ce fut de prendre la solution d’électrolyte Ora-saline® qui est sous la forme d’une poudre à mettre dans une bouteille d’eau. Il y avait cinq ou six sachets et donc autant de bouteilles (de 500 ml) à boire en même temps. Si le Swiff® continua son travail sur toute la journée, la solution Ora-saline® a été une horreur. Au début, seul le goût était le problème principal mais comme la solution traversait les intestins en démolissant tout sur son passage et ressortait par l’anus… au bout de deux bouteilles, mon anus commença à me brûler sévèrement. Alors même que la diarrhée continuait et que je devais continuer à prendre la solution Ora-saline®. Je dus mettre de la Biafine® sur mon anus pour apaiser la brûlure et finir ces médicaments.
Le dîner se composa d’une soupe mais la journée était loin d’être terminée pour moi. Je crus pouvoir bénéficier d’une bonne nuit de sommeil mais les moustiques thaïlandais commençèrent à s’intéresser à mon cas. J’ai toujours été appréciée par les moustiques mais les moustiques tropicaux n’ont rien à voir avec leurs cousins européens. Ils sont actifs en journée, sont bien plus grands et ne font aucun bruit. Leurs piqûres sont bien plus violentes également… et mon corps choisit cette nuit pour faire une sévère réaction à plusieurs piqûres qui furent faites sur mon bras droit. Mon bras tripla de volume et me brûla toute la nuit, je devais le plonger dans un bac d’eau glacée pour supporter cela.
Je ne savais pas ce qui se passait, j’étais paniquée parce que je me demandais si cela n’allait pas faire reporter ma GRS et le manque de nourriture ainsi que mon épuisement n’aidait pas du tout. Aucune crème ne parvenait à faire diminuer le gonflement, je dormis très peu et le matin arriva alors que j’étais exténuée et que je ne savais plus comment me mettre.

     • 15 juillet – GRS : je dû arrêter de manger et de boire après 7h (pour un rendez-vous à 14h), je commençai à avoir des vertiges qui ne cessèrent d’empirer entre mon bras et le manque de nourriture. À 9h, je cédai et je bus un verre d’eau avec du sucre, ne respectant pas les indications du chirurgien, afin de me redonner un peu d’énergie rapidement. Mon estomac protestait violemment contre le manque de nourriture et la seule position qui n’était pas trop désagréable dut de me mettre sur mon lit sur le ventre. J’écoutai des podcasts pour éviter de gamberger, j’étais très inquiète et je craignais de m’évanouir si je bougeai.
Ma tante interpella une infirmière pour qu’elle me rassure quant à mon bras, ce qui m’aida un peu mais je continuai à le garder dans l’eau froide. La faim finit par disparaître mais les vertiges restèrent. Vers 12h30, nous allâmes à la réception pour prendre une voiture pour aller à la clinique alors que je marchai à grand-peine. Le trajet fut rapide mais à la sortie, j’avançai pliée en deux à cause des vertiges et de la douleur de mon bras. On me demanda « Pourquoi » et je restai interdite devant la stupidité de la question : un régime liquide pendant trois jours pour une personne ayant un format de crevette comme moi, mon état n’était absolument pas étonnant.
La prise en charge fut cependant rapide, une infirmière me fit monter et me fit comprendre gentiment qu’il fallait me déshabiller. Couverte d’une chemise d’hôpital, je dus aller jusqu’à un lit d’hôpital où deux infirmières vinrent relever le bas de la chemise pour dégager mon pubis. Ce fut un épisode passablement curieux et gênant. Elles parlaient uniquement en thaïlandais – donc je ne comprenais rien même si je saisis que l’une enseignait à l’autre comment faire.
Elles commencèrent à raser le pubis puis elles manipulèrent mon pénis dans tous les sens pour raser tous les poils avant de faire pareil avec mon scrotum. Heureusement, je n’eus pas d’érection mais c’était vraiment gênant. Après ce fut mon périnée puis mes fesses avant qu’on me laisse avec la télévision sur la seule chaîne française disponible qui était totalement insupportable. Bien que j’eus du mal à trouver comment l’éteindre, je réussis et l’attente débuta. Le Dr Chettawut passa me voir mais j’en garde peu de souvenir avant que l’infirmière vienne me chercher vers 16h. Je me levais pour rentrer dans la salle d’opération, il y avait plusieurs infirmières et l’anesthésiste qui se révéla être gentil. Il me demanda de faire des mouvements avant de me mettre sur la table d’opération, le Dr Chettawut arriva et l’anesthésie commença à faire son effet, je m’endormis rapidement.


La salle d’opération

B. Une récupération difficile


De la récupération en clinique au retrait du pansement vaginal

     • 16 juillet : le réveil fut brumeux, comme à chaque fois après une anesthésie générale. J’en sortis assez vite mais je ressentis une grande faiblesse. Une infirmière me donna de l’eau mais je la régurgitai aussitôt, mon corps tenta de continuer à vomir alors même que je n’avais rien dans le ventre, ce qui était assez étrange. L’eau que j’avais régurgitée avec ma bile est allée arroser mes cheveux dans mon cou.
On me demande de me mettre debout, ce que je trouve parfaitement ridicule mais je tente de le faire et avec force de soutien, j’y parviens. Pour aller ensuite me faire descendre l’escalier pour aller dans ma chambre. Ce fut un trajet compliqué et vraiment difficile. Mais une fois allongée, je ne bougeai plus de mon lit pendant les trois jours qui suivirent.
Les douleurs étaient supportables et j’étais plongée dans une torpeur médicamenteuse et une faiblesse continue. Ce fut le début de flatulences fréquentes, de sommeil profond et de rares phases d’éveil. Le plus difficile était de trouver une position confortable entre les barres que je sentais sous le matelas et les stimulateurs placés sur mes jambes pour éviter les risques éventuels de phlébite. J’ai des bouteilles d’eau et on me dit de boire, ce que je fais à défaut d’avoir de la nourriture.

     • 17 juillet : le temps est flou, accentué par l’absence de fenêtre et seulement rythmé par la venue et la sortie des infirmières. Je commençai à avoir des médicaments et du chocolat ainsi que de la soupe pour mes repas. J’étais ravie d’avoir ENFIN quelque chose à manger et j’avalai tout même si la soupe n’était pas très bonne. Mon moral n’était pas très bon avec les problèmes du jour précédent et la douleur liée à la sonde urinaire qui tiraille ainsi que mon urètre qui se contractait et se décontractait par réflexe.
Les soins des infirmières comprennent le vidage de ma poche urinaire, le nettoyage du corps et le remplacement de la protection du matelas. Je reçois la visite de ma tante qui me dit que si je bois comme il faut, ils m’enlèveront la perfusion que j’ai dans le bas. Détestant les perfusion, j’aligne les bouteilles et ils m’en ont débarrassée.

     • 18 juillet : le retrait des drains au niveau génital fut un soulagement même si ce fut très désagréable. Le temps reste flou mais j’ai arrêté d’être affamée en permanence et je m’habitue à mon nouveau régime. Les barres sous mon matelas, l’ennui et le non-accès direct à mes affaires (elles sont dans un meuble loin du lit et je ne peux pas me lever) rendent les phases d’éveil assez ennuyeuses. Je rationne la batterie de mon téléphone en écoutant de la musique mais comme mon cerveau a du mal à suivre, je me rendors souvent.
Le Dr Chettawut passe me voir pour vérifier que tout va bien et m’apprend que je sors le lendemain matin. Pour mes soins, j’ai affaire à une infirmière qui est brusque et froide.


Les documents pour le soin post-opératoire que j’ai eu après ma GRS : instructions post-opératoires (recto & verso), instructions des médicaments, dilatations (recto & verso) (cliquez sur les noms des documents si vous souhaitez les consulter séparement)

     • 19 juillet : je sors de la clinique à 6h du matin. J’ai des difficultés à marcher mais je parviens à atteindre la voiture et m’asseoir sur le coussin en forme de donut fourni par la clinique. J’ai des vertiges et des douleurs mais j’arrive à rester assise.
À l’hôtel, j’essaye de dormir un peu mais je devais le faire en restant sur le dos. Je voudrais manger mais les indications ne sont pas claires : porridge et oeufs. J’essaye de me donner une apparence un peu plus humaine après ces trois jours de clinique mais je ne peux pas me laver puisque j’ai toujours le pansement.
Je passe une nuit quasiment blanche à essayer de dormir sur le dos avec des flatulences très violentes, un cauchemar violent à cause des anti-douleurs qui me fait serrer les jambes (et ce n’est pas une bonne idée du tout). J’ai des sensations de chaud et de froid, je me sens fiévreuse et j’ai le moral très bas.

     • 20 juillet : lors de la visite de l’infirmière du matin (tous les jours à 11h) si je pouvais dormir sur le côté et elle m’a montré comment mettre un oreiller entre mes jambes en étant sur le côté. Cette position me permet d’avoir moins de douleurs avec la sonde urinaire, de plus je dois aller vider régulièrement la poche mais mon état n’étant pas très bon, c’est ma tante qui s’en chargeait parfois.
J’ai réussi à aller à la selle – ce qui était conseillé. Je dors pendant la journée pour récupérer et je peux enfin manger des choses plus variées : fruits, pain, riz… Je termine la journée avec un moral bien meilleur alors que mes flatulences sont moins violentes et que mon métabolisme récupère de son traitement des jours antérieurs.


Les grandes allées du jardin permettent de faire de belles promenades…

     • 21 juillet : j’ai l’impression que les journées se ressemblent, j’ai le moral qui fluctue surtout à cause de la douleur liée à la sonde urinaire. Mon sommeil est perturbé à cause de mes douleurs et j’ai beaucoup de mal à me rendormir lorsque je me réveille. Même pour regarder des films ou pour lire, il n’y a pas de position agréable. La nuit est infernale.

     • 22 juillet – Retrait du pansement : jour où le pansement vaginal est censé être enlevé. Je suis très contente et j’attends l’arrivée de l’infirmière avec beaucoup d’impatience mais 12h passé, elle n’est toujours pas là. Je n’y crois plus et le moral bas, je déjeune avec ma tante. Mais elle arrive juste après.
Le retrait du pansement vaginal est particulièrement étrange – et désagréable – car je sentais l’intérieur de mon vagin pour la première fois lorsqu’elle a tiré la bande de l’intérieur. Elle me donne un miroir et je vois ma vulve pour la première fois, je la trouve très belle même si elle est gonflée et qu’elle est en pleine cicatrisation. L’infirmière mesure la profondeur et me la donne, mon vagin fait 5,5″ soit 14 cm. J’en suis contente et elle m’apprend à faire les dilatations avec un pré-dilatateur en cire recouvert d’un gant médical. C’est assez peu douloureux et j’y arrive assez bien.
J’ai ENFIN le droit de me doucher, je suis hyper contente et j’y vais directement. Je surestime mes forces et manque de m’étaler dans la douche mais j’arrive à la finir et je me sens de nouveau humaine. J’ai le droit de manger ce que je veux, ce qui me ravit et l’infirmière me donne des somnifères pour bien dormir. Mon moral est excellent, j’essaye de dormir sans les somnifères car la sonde urinaire est beaucoup moins douloureuse mais finalement je finis par les prendre et je passe une nuit très reposante.

2. Journal de mon séjour II

A. Une routine tranquille


Reprise du régime normal et repos

     • 23 juillet : l’infirmière arriva très tôt, vers 6h du matin, pour la dilatation. C’était douloureux mais supportable car ça ne durait que 15 minutes, le problème étant que la douleur resta un certain temps après la dilatation. Je m’endormis pour quelques heures avant de me réveiller assez tard pour manger un petit-déjeuner froid que ma tante m’avait laissé avant de partir en ville.
La douleur étant bien moins importante qu’avec les pansements, j’ai tendance à me rendormir facilement dans n’importe quelle position. C’est donc très reposée que ma tante me retrouva pour le déjeuner, elle m’amena un hamburger car bien qu’ayant des tendances végétariennes, je dois avouer que les privations de nourriture me donnaient envie de manger de la viande.
L’après-midi se passa avec Netflix et si je ne suis pas retournée à la selle, je n’avais plus de flatulences aussi violentes qu’avant. La seule chose qui restait agaçante c’était de vider la poche urinaire plusieurs fois par jour et la douleur de la sonde. Je me levai facilement, allant jusqu’à manger assise… ce qui améliora beaucoup mon moral et c’est avec le sourire que je discutai avec ma tante. La nuit fut très bonne grâce aux somnifères.


J’ai l’air particulièrement fraîche. Ou pas.

     • 24 juillet : une journée tranquille, le dimanche étant un jour où les infirmières ne venaient pas. Je fis mes dilatations de 20 minutes le matin et de 20 minutes le soir, celles-ci me semblent moins difficiles et j’apprends à les faire d’une façon moins douloureuse. Je pris mon petit-déjeuner seule avant que ma tante ne revienne pour le déjeuner, je pouvais de nouveau manger des choses diversifiées ce qui était un véritable bonheur. Entre Netflix et de la lecture, j’ai pu aller à la selle.
La douleur était tellement moins importante que je voulus aller jusqu’au restaurant à pied pour dîner même si le retour fut plus difficile à cause du poids de la poche urinaire. Je réussis à dormir sans somnifères.

     • 25 juillet : la nuit ayant été bonne, j’ai pu me lever facilement avec peu de douleurs. Le sang que je retrouvai sur ma serviette m’inquiéta un peu mais je savais que c’était normal d’avoir des pertes. J’attends l’arrivée des infirmières avant d’aller au restaurant car je préfère faire la dilatation avant de marcher, la dilatation dure maintenant 30 minutes et se fait trois fois par jour. Les infirmières sont gentilles et j’apprends à la faire de mieux en mieux et je m’adapte selon ma douleur mais j’attache de l’importance à respecter le nombre et le temps de dilatation.
Le petit-déjeuner se composa de beaucoup de fruits parce que j’avais l’impression d’en manquer à cause des privations. Je rencontrai une femme transgenre hollandaise quand je prenais l’air dehors, elle me parla des autres personnes transgenres qui étaient présentes dans les bungalows voisins.
Je prends plaisir à être de plus en plus autonome même s’il me reste la sonde urinaire comme boulet à traîner. Ma soeur arrive après le déjeuner, nous allons au restaurant le soir mais le retour s’avère très difficile pour moi car je suis restée assise trop longtemps. Les moustiques en profitent également pour me dévorer au passage. Ma nuit fut agréable et reposante.


Le restaurant de l’hôtal Bangkok Rama, assez vide généralement, la plupart des résident•e•s préférant se faire livrer la nourriture grâce au service d’hôtel

     • 26 juillet : pour la dilatation du matin, l’infirmière m’apprend que je me trompais quant aux marquages et que je n’allais que jusqu’à 5″ alors que je devais pousser jusqu’à 5,5″. Ayant uriné hors de la sonde, je panique un peu mais les infirmières me disent que c’est normal.
Je préfère ne pas aller au restaurant à cause du retour du soir précédent, ma tante m’apporte le petit-déjeuner. J’apprends que si tout va bien, la sonde urinaire sera enlevée le lendemain, ce qui me ravit. Je prends une douche car je me sens moins fatiguée que les jours précédents. La journée fut agréable, ma tante partit pour l’aéroport après le dîner où nous mangeâmes toutes les trois au cottage. La nuit fut réparatrice.

     • 27 juillet – Retrait de la sonde : je me levai tôt pour m’habiller et me doucher. Ma soeur m’apporta le petit-déjeuner avec plein de choses et la dilatation se passa comme d’habitude avant que l’infirmière n’arrive. Elle indiqua qu’elle allait retirer la sonde, j’eus peur de la douleur et elle essaya de me détendre en me disant « Take depth breath »… Le retrait de la sonde fut vraiment une épreuve car la partie qui est à l’intérieur de la vessie est plus large que le tuyau et elle a dû repasser par l’urètre. Je ressentis une vive brûlure dans l’urètre qui persistait longtemps après le départ de l’infirmière. Je me sentis très mal, au point que je dus prendre le déjeuner au lit.
Le planning de dilatation m’indiquait que je devais passer au dilatateur n°1, plus large que le pré-dilatateur de 3mm. Je n’avais que peu d’explications et je tentai de l’enfoncer comme le pré-dilatateur mais je me fis mal et me fis saigner. J’ai dû reprendre le pré-dilatateur pour élargir mon vagin avant de passer au dilatateur n°1 pour le faire rentrer jusqu’à 5″. J’en ressortie épuisée.
Je dormis l’après-midi, j’urinai sans sonde pour la première fois même si le jet partait en arrière et l’impression que quelque chose bloquait mon urètre – ce qui était normal d’après l’infirmière. Je bus les cinq bouteilles de 500 ml recommandées mais j’eus des difficultés à sentir quand je devais aller aux toilettes. La sensation de brûlure se calma au fil de la journée et je pus me lever pour manger alors qu’une tempête éclatait dehors. À cause de la sonde, je ne pus aller marcher mais je comptai me rattraper le lendemain. La dilatation du soir fut moins douloureuse maintenant que je savais comment m’y prendre. La nuit fut agitée et humide à cause de la tempête.


La moustiquaire est une bonne défense contre les moustiques tropicaux.

     • 28 juillet : je me levai tôt pour ma douche et la dilatation – qui se révéla moins difficile. Ma soeur revint avec le petit-déjeuner que nous finîmes parce que les femmes de ménages arrivaient. Nous profitâmes de la chaleur tout en prenant soin de nous couvrir de produit anti-moustique. L’infirmière passa pour la surveillance et m’indiqua que j’avais un rendez-vous avec le Dr Chettawut le 3 août.
Je pus aller marcher et c’était une véritable libération de ne plus avoir de sonde urinaire. Je découvris la série Stranger Things que je trouvai vraiment chouette et la journée fut agréable. J’étais enfin autonome pour les toilettes même si je devais réapprendre à ressentir l’envie d’uriner et qu’il restait quelques douleurs sporadiques.
J’affinai ma technique de dilatation pour la faire plus rapidement et avoir moins de douleurs. J’accompagnai ma soeur à la piscine le soir pour tremper mes jambes dans l’eau ce qui était vraiment agréable même si les moustiques se jetèrent sur moi. Ma soeur me fit des croques-monsieur pour dîner ce qui me ravit. La nuit fut agréable.

     • 29 juillet : le lendemain matin, la douche se révéla beaucoup moins épuisante et j’arrivai même à me sécher les cheveux. De plus, je me rendis compte que je perdais moins de cheveux que les jours précédents, ce qui me fit comprendre que mon corps s’était bien remis des privations. L’air extérieur n’étant pas trop lourd, j’en profitai pour aller par moi-même au petit-déjeuner. C’était agréable de pouvoir être autonome et de choisir ce que je souhaitais au restaurant, de plus ainsi ma soeur n’avait pas à gérer la vaisselle.
Le retour fut beaucoup plus facile que mes tentatives antérieures même si j’eus quelques douleurs lorsque je me levai. La journée fut agréable avec peu de douleurs et des sensations de chatouillis. L’infirmière arriva très tard, elle me dit qu’il fallait que je prenne davantage de protéines. Je retrouvai toujours du sang sur ma serviette de protection mais j’eus la ferme impression qu’il y en avait moins.
Je finis Stranger Things que je n’arrivai pas à lâcher. Nous allâmes à la piscine le soir et j’en profitai encore pour me rafraîchir tout en me protégeant des moustiques à grand renfort d’insecticide (qui avait tendance à finir par légèrement me brûler la peau). Ma soeur fit un dîner particulièrement excellent et la nuit agréable.

     • 30 juillet : nous allâmes au petit-déjeuner tranquillement, c’était toujours plus facile de me déplacer. Je fis ma dilatation en rentrant, elle fut plus facile mais je prenais toujours du temps pour arriver à 5″ et l’infirmière arriva pour m’indiquer qu’il fallait que je sois avec les jambes allongées et pas pliées pour aller plus profondément.
Je profitai de la fin de la matinée pour regarder Star Trek et tenter de m’épiler un minimum. Lors de notre sortie piscine, je fus violemment attaquée par les moustiques parce que j’avais omis de remettre de l’insecticide. Ma peau réagit assez vivement mais je réussis à calmer la réaction allergique.
Ce fut après une salade et une discussion sur les sujets LGBTI que nous allâmes dormir.


La piscine de l’hôtel est vraiment agréable pour y tremper ses jambes.

     • 31 juillet : on retrouva la maman française et ses deux filles au petit-déjeuner le lendemain. Cela me fatigua un peu et j’en profitai pour dormir pendant la matinée. Nous nous promenâmes et discutâmes après le déjeuner pendant que la femme de ménage faisant son travail.
La température n’étant pas trop élevée, je dormis encore avant de faire ma dilatation. Je commençai à ressentir une certaine lassitude et ma maison me manquait. Nous sortîmes à la piscine juste avant la tombée de la nuit. Aux toilettes, j’eus l’impression que le jet était plus droit et qu’il y avait moins de sang sur ma serviette de protection.
La nuit fut assez difficile à cause de douleur au niveau des grandes lèvres, je me demandai si c’était ma sensibilité qui s’améliorait.

     • 01 août : j’eus des difficultés à dormir et la douche me raviva un peu. Nous allâmes au petit-déjeuner et au retour nous n’eûmes pas Internet parce que le mot de passe avait changé. J’en profitai pour regarder les épisodes de Battlestar Galactica que j’avais enregistrés. Ma soeur rapporta le nouveau mot de passe au retour des courses.
La dilatation fut fatigante et je vis que j’allai manquer de lubrifiant, je passai commande à l’infirmière pour vingt-quatre boîtes. Mon envie de rentrer en France s’accentua, j’avais envie de me reposer tranquillement sans les visites de l’infirmière, la température et les moustiques.
La journée passa tranquillement après que l’on ait récupéré le WiFi et je lus des bandes dessinées. Ma soeur me fit un anniversaire surprise avec un très joli gâteau et des croques-monsieurs. La nuit fut difficile.


Parce que je reste une licorne aussi en Thaïlande 😉

     • 02 août : je me levai très tôt à cause des douleurs et je pris une douche. Nous allâmes tôt au petit-déjeuner mais nous restâmes longtemps pour discuter. L’infirmière arriva avant que je ne fasse ma dilatation mais elle amena le lubrifiant, je payai en espèces. La dilatation fut très difficile parce que je devais passer au dilatateur n°2, je gardai longtemps le n°1 mais je n’arrivai pas à faire rentrer le n°2 jusqu’à 4″. Même en déployant toutes les astuces que j’avais, je n’arrivai pas à faire entrer le n°2 mais ne souhaitant pas me causer plus de douleurs, je m’arrêtai là.
On déjeuna et je retentai le dilatateur n°2 après mais je ne parvins pas à le faire entrer, dépitée, je décidai de le laisser de côté pour l’instant. Cela me fatigua mais la fin de la journée se passa tranquillement et la nuit fut plutôt bonne.

B. Entre angoisse et douleurs


Fin du séjour et retour en France

     • 03 août – Retrait des fils : je me levai tôt pour mon rendez-vous de 9h, je fis ma dilatation à 7h car il fallait la faire avant d’y aller. Nous allâmes au restaurant pour le petit-déjeuner et nous eûmes un appel à l’accueil, le rendez-vous était décalé à 12h bien que nous n’eûmes aucune explication à cela. On rencontra la maman d’une jeune femme transgenre qui venait avec sa compagne, transgenre elle aussi, pour une GRS pour l’une et une mammoplastie avec une orchiectomie pour l’autre. Elle était très gentille et venait du Nevada, on lui apporta la nourriture spécifique au régime liquide et au post-opératoire ce qui nous permit de rencontrer les deux jeunes femmes, très gentilles également. On leur donna toutes les informations que l’on a ainsi que toute la nourriture que l’on avait en trop, ma soeur en profita pour lui montrer le supermarché.
Nous retournâmes au cottage pour nourrir le chat qui se promenait dans notre rangée de bungalows. Je refis une dilatation pour le rendez-vous et une infirmière passa pour vérifier que tout allait bien et nous rappela le rendez-vous. Nous allâmes à l’accueil une demi-heure avant le rendez-vous, la voiture était déjà là avec un chauffeur différent. Nous arrivâmes rapidement et après dix minutes d’attente, je montai avec la liste des questions que j’avais à poser avec mes médicaments :
   • Problèmes avec le dilatateur n°2
   • Comment se passe les dilatations après un an ?
   • Combien de temps vais-je devoir attente pour un retour des sensations totales ?
   • Pourrais-je sortir me promener en ville pour les quelques jours qui me restent ici ?
   • Combien de temps vais-je devoir utiliser le coussin de protection ?
Je reçus une lettre pour avoir un fauteuil roulant à l’aéroport et je revis le Dr Chettawut. Il fut très gentil, regarda la cicatrice de la trachée et me fit aller dans la salle d’opération pour regarder l’évolution de ma vulve. Il vérifia la profondeur et me dit qu’il y avait un petit morceau de peau qu’il fallait mieux enlever, ce n’était pas grave pour ma santé mais cela permettrait une guérison plus rapide. Je lui indiquai que j’étais d’accord – alors même que c’était difficile d’être en désaccord. Je m’inquiétai car je ne savais pas comment ça allait se passer.
J’eus droit à une installation compliquée pour relever mes jambes, de la bétadine sur ma vulve et une anesthésie locale, tout cela étant particulièrement peu agréable. Je fus couverte pour la chaleur et une infirmière me banda les yeux pour que je ne panique pas, une légère musique fut mise en fond. J’essayai de respirer profondément pour ne pas angoisser malgré l’équipe très gentille qui me rassure. L’opération fut assez longue, environ une heure, et fut passablement désagréable voire douloureuse à certains instants. Une infirmière me tenait la main pour que je m’apaise dans les moments les plus difficiles.
Mes pieds s’engourdirent peu à peu et j’essayai de faire circuler le sang alors que le chirurgien retirait les fils que je sentais sortir lentement, le retrait de chacun d’entre eux semblait durer un temps extrêmement long. Une fois l’opération terminée, le chirurgien me dit que tout allait bien, de rester au dilatateur n°1 encore une dizaine de jours et que c’était la dernière fois qu’on se voyait. Je réussis à me mettre debout, encore sonnée et me rhabillai. Toute l’équipe fut très gentille et j’arrivai jusqu’à ma soeur qui m’attendait et n’était pas au courant de l’opération. Une infirmière me donna des médicaments et ce fut un peu shootée que j’allai jusqu’à la voiture pour rentrer à l’hôtel.
J’étais vraiment faiblarde et je m’accrochai à ma soeur, j’avais des vertiges et l’impression d’avoir perdu toute la force que j’avais réussi à récupérer toute la force des jours précédents. Je mangeai une salade dans mon lit et je me reposai toute l’après-midi. J’arrivai tout de même à aller à la piscine et je me rendis compte que j’allai un peu mieux et que j’arrivai à avancer toute seule. Nous mangeâmes et je refis ma dilatation avec le dilatateur n°1, j’eus quelques douleurs mais ce ne fut pas trop difficile. Je bus assez d’eau car j’avais peur d’avoir une cystite et fatiguée de ma journée, j’allai dormir.


La circulation à Bangkok est un véritable enfer.

     • 04 août : la nuit fut un peu difficile et j’eus des douleurs à la vulve au réveil. J’étais vaseuse et faible, j’eus besoin de temps pour me préparer avant d’aller au restaurant. La journée fut difficile, avec un mal de tête et des bouffées de chaleur. Je ne me sentis pas bien et n’arrivai pas à faire grand-chose.
Après le déjeuner, nous allâmes à la piscine et l’air me fit du bien, je sentis que ça s’améliorait. Le soir ce fut plus facile bien que la nuit fut un peu difficile parce que garder le coussin entre mes jambes garde mes muscles en tension, ce qui finit par me créer des douleurs.

     • 05 août : j’eus des douleurs assez tôt et je n’arrivai pas à me rendormir. Ce fut difficile de me lever mais les douleurs de ma vulve disparurent progressivement une fois debout. Je me sentis plus alerte bien que je restais faible, après le petit-déjeuner, j’arrivai à m’occuper plus facilement. Je pensais beaucoup au départ mais je tentais de ne pas m’inquiéter pour l’avion. Je reçus un stock de gel lubrifiant que nous avions décidé d’acheter ici pour le prix attractif.
Après ma dilatation, je sortis me balader et mon état s’améliora dans la journée. J’eus quelques inquiétudes à propos de l’engourdissement de ma vulve, je m’inquiétai concernant le retour de mes sensations, même des plus petites. J’allai sur Internet et me rassura même si je m’inquiétais quant à l’apparence de ma vulve atypique comparée aux photos que je trouvais.
J’eus peur et m’inquiétai du rejet potentiel, d’une sexualité brisée, de devoir rester seule et asexuelle par exclusion… Je tentai de lire pour me changer les idée. La pluie et la tempête nous empêchèrent de sortir pour la piscine.

     • 06 août : je n’ai pas de notes concernant les deux derniers jours, c’est plus d’un an plus tard que je reconstitue mon vécu. Nous passâmes la journée à faire nos bagages et je tentai de parler avec l’infirmière quant à mes inquiétudes, elle me répondit que tout allait bien et je tentai de m’en convaincre.
La journée se passa assez bien, je me rappelle être particulièrement impatiente de rentrer et l’avion était à minuit, cela arriva vite. Nous avons été emmenées à l’aéroport en voiture et nous tentâmes de nous retrouver dans cet endroit gigantesque. Le fauteuil roulant fut obtenu facilement et je dois dire que cela a été vraiment pratique. J’ai été poussée jusqu’à la douane par un employé de l’aéroport puis ce fut ma soeur qui pris le relais.
Nous vécûmes un moment particulièrement gênant lorsqu’à la douane, une employée ouvrit mon sac où se trouvaient mes dilatateurs. Elle ouvrit leur sacoche et les sortit un par un, particulièrement perplexe en discutant avec ses collègues et regardant ma soeur et moi. C’était ma soeur qui portait le sac et par conséquent, la douanière cru que c’était à elle, ce qui la mit vraiment mal à l’aise. Mais il faut avouer qu’avec le recul c’était vraiment très drôle. Nous pûmes repartir sans problème quand la douanière remis mes affaires en place.
Nous attendîmes que notre vol soit prêt en déambulant entre les magasins et profitant d’un endroit calme de la zone d’attente. Mon fauteuil roulant nous donna le droit de rentrer dans l’avion devant le reste des passagers, ce qui était très pratique. Ensuite le reste des passagers rentrèrent puis nous décollâmes assez vite.

     • 07 août : le vol fut compliqué. Les lumières étaient éteintes et la plupart des personnes dormaient alors que j’en étais parfaitement incapable entre douleurs, bouffées de chaleur et inquiétudes. La climatisation ne m’aidait pas du temps parce que j’avais parfois trop froid mais je n’osais pas me couvrir de peur des bouffées de chaleur. Je passais les longues heures du vol à écouter des podcasts et je remercie d’ailleurs leurs auteur•e•s parce que j’aurai eu du mal à tenir sans cela.
Je me levai assez souvent pour aller aux toilettes et changer de serviette afin d’avoir un environnement assez propre pour ma vulve. Je n’eus pas de crise de bouffée de chaleur comme dans le vol de l’allée mais mon état était vraiment difficile.
L’arrivée à l’aéroport français fut une délivrance mais notre périple n’était pas terminé. En effet, nous nous rendîmes compte que les français traitaient les personnes en situation de handicap particulièrement étrangement. Je n’avais pas de fauteuil roulant à l’arrivée et je dis à ma soeur que j’y arriverai sans. Mais arrivée à la file d’attente de la douane, je faillis tomber par terre à cause d’un vertige et je compris que je n’allais pas réussir à tenir.
Je m’assis où je pus le faire pendant que ma soeur allait d’employé en employé pour réussir à me trouver un fauteuil roulant. On nous dit d’aller nous asseoir quelque part où nous attendîmes pendant longtemps avant qu’une employée n’arrive avec un fauteuil, l’air passablement agacée. Elle faillit repartir parce que nous ne réagîmes pas assez rapidement. Après l’avoir retenue, je m’installai et elle me poussa avec force, je ne comptais plus le nombre de fois où j’eus peur qu’on percute quelque chose. Elle nous emmena aux valises pour récupérer les nôtres alors que la plupart des passagers de notre vol avaient récupéré les leurs. Puis nous filâmes à toute vitesse à travers l’aéroport où elle se servit de son badge de sécurité pour nous faire aller plus vite. Enfin elle nous abandonna près de la sortie sans nous indiquer qu’il y avait plusieurs étages d’où la difficulté que nous eûmes à retrouver ma maman et ma tante qui étaient venues nous chercher en voiture.
Le retour jusqu’en Bretagne en voiture fut assez difficile, je ne savais plus comment me placer mais je tins le coup et le fait d’être de retour en France et d’être proche de chez moi me donnait du courage.
Je fus profondément soulagée et heureuse de rentrer chez moi où je m’effondrai sur mon lit pour récupérer de tout cela.

3. Synthèse de mon séjour


La frise entière de mon séjour en Thaïlande, agrandissable en faisant un clic droit, « Ouvrir l’image dans un nouvel onglet »

Ce fut un séjour intéressant et éreintant. C’est le style de chose que l’on ne fait qu’une fois dans une vie et qu’on n’a aucune envie de faire une deuxième – quand bien même ce serait possible. Il faut savoir vers quoi on s’embarque et ce n’est pas sur les sites des chirurgiens que l’on trouve les informations concernant les difficultés que l’on peut vivre avant et après une GRS. On ne trouve cela que sur les forums de personnes transgenres et chaque vécu est différent.

La première chose que je peux faire émerger parmi les sujets marquants c’est la douleur, ou plutôt les douleurs qui sont prégnantes et nombreuses. Je sépare l’inconfort et la douleur car généralement lorsqu’on finit par ne plus avoir trop de douleurs, c’est l’inconfort qui prend le relais rendant les gestes quotidiens et surtout les nuits profondément épuisants et exténuants.
On ne peut pas y faire grand-chose, les anti-douleurs étant trop forts et trop violents, et on doit juste attendre que ça passe. La sonde urinaire est réellement gênante et le temps que j’ai dû la porter m’a franchement paru long.

La seconde chose, c’est la chaleur à laquelle il faut s’habituer et j’ai réussi à cela sans trop de problème mais les moustiques, je n’ai jamais pu. Si vous êtes un buffet pour les moustiques européens, vous serez un buffet pour les moustiques thaïlandais. J’ai appris qu’il était inutile d’acheter un anti-moustique en France (même spécial tropiques) parce qu’ils ne sont pas assez puissants pour ces bestioles. Il est préférable d’en acheter sur place et d’avoir des vêtements fins mais qui couvrent tout le corps.

La troisième chose, c’est la faiblesse. Si on considère le régime liquide dévore les forces physiques, le régime limité post-opératoire que l’on ne peut pas préparer par soi-même car on est trop faible et les douleurs qui cassent nos forces, ça fait trop pour y aller seul•e. Un•e accompagnant•e aide énormément pour marcher, préparer les repas, faire les courses et la lessive, rassurer… Il est possible d’y aller seul•e mais c’est très dur si on y va pour faire une GRS. Bien sûr, pour les repas on peut appeler l’hôtel pour qu’ils amènent les plats mais il faut se faire comprendre et la question de la nourriture ne fait pas tout, notamment pour les régimes spécifiques.
Ma tante et ma soeur m’aidèrent tellement que je me demande comment j’aurais pu faire sans elles. Le nombre de fois où j’ai pris conscience que juste me nourrir aurait été un effort incomensurable dans les moments les plus durs. Quant aux gestes de la vie de tous les jours, j’aurai été incapable de les faire même avec toute ma volonté.

La quatrième chose, c’est la différence culturelle. D’abord la langue, peu de thaïlandais parlent anglais et il est important de savoir un minimum parler cette langue pour s’en sortir. Ensuite la monarchie, c’est anecdotique mais ça surprend de voir cette façon de gouverner mais tant qu’on se garde d’émettre la moindre critique envers la royauté, tout va bien. Pour terminer, la différence entre les niveaux de vie est assez terrifiante. Les plus grands buildings sont voisins des bidonvilles et des déchets qui s’amoncèlent. Les énormes villas devant lesquelles il y a des mendiants. Et les énormes bolides brillants qui roulent à côté de véhicules qui n’auraient plus le droit de rouler en France depuis des années.
Je ne comprends pas comment on peut faire du tourisme en Thaïlande et participer à l’agrandissement de cet écart de richesse. Les touristes sont traités de la meilleure manière pour qu’ils se sentent bien alors que des gens vivent dans la misère juste à côté.


Les buildings poussent à côté de la misère.

Aller plus loin…

SRS II – Mon plus beau cauchemar : suite de mon journal post-op’
Mes chirurgies : les chirurgies dont j’ai bénéficié
La vaginoplastie : informations sur la vaginoplastie
Sitographie : Chirurgies : témoignages de personnes ayant bénéficié d’opérations génitales

Avertissement : Tout ce que vous trouverez ici provient de mes connaissances et de mes tests empiriques (dont la validité est hypothétique). Les opérations chirurgicales sont différentes selon les chirurgiens et les patient·e·s. Les techniques de chirurgie évoluent sans cesse et il est nécessaire de se tenir informé·e si l’on souhaite en connaître tous les détails. Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !

Concernant les termes utilisés, si vous êtes perdu·e, allez voir le lexique.

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