L’épilation définitive

Mise à jour : Novembre 2017

Sommaire
1. Généralités
2. Vie du poil
3. Épilation temporaire : A. Rasage, B. Dépilation, C. Épilation, D. Lumière pulsée
4. Épilation définitive : A. Laser, B. Électrolyse

1. Généralités

Lors d’une transition de genre, la question de l’épilation (temporaire ou définitive) peut devenir centrale, notamment pour une transition féminisante ou assimilée (dite aussi MtF ou MtX). Les personnes faisant une transition masculinisante ou assimilée peuvent y recourir également dans le cas d’une chirurgie génitale comme une phalloplastie tout comme pour certaines techniques de vaginoplastie pour une transition féminisante.
La barbe qui pousse sous l’effet de la testostérone lors de la puberté devient rapidement un problème lors du début d’une transition féminisante car l’ombre de la barbe demeure malgré le rasage et du fond de teint est nécessaire pour la cacher. De plus, la barbe peut alimenter la dysphorie de genre car il est nécessaire de se raser tous les jours de près, au risque d’abîmer sa peau, et de mettre plus de maquillage que nécessaire.
L’épilation définitive de la barbe n’est donc pas un caprice ou une lubie concernant les personnes transgenres, elle est nécessaire à leur bien-être et à leur sécurité – si une personne ayant une expression de genre féminine est vue avec une ombre de barbe dans la rue, elle peut être victime d’agressions transphobes.

Les techniques d’épilation classique comme la pince à épiler, l’électrique ou la cire ne sont pas adaptées au visage car la barbe est composée de poils épais sur une surface très sensible (lèvres supérieure et inférieure, menton…) qui ne peut pas supporter l’arrachage violent. Si certaines personnes parviennent, à grand renfort d’anesthésiant, à faire une épilation de leur visage, ce n’est pas une solution à long terme car ça repoussera toujours avec ces méthodes. Il faut alors se tourner vers l’épilation définitive qui est la seule qui peut venir à bout de la barbe et des poils des autres régions du corps.
Cette épilation est en théorie définitive et en deux à trois ans, on peut se débarrasser de sa barbe. Le poil peut repousser après des années mais dans ce cas, une séance suffira. Il existe, à ce jour, deux solutions définitives : le laser et l’électrolyse. Le laser étant une solution très pratique, brûlant les poils jusqu’au bulbe pileux sur une surface moyenne, mais qui convient surtout aux peaux claires avec un poil foncé. L’électrolyse fonctionne sur toutes les peaux et sur tous les poils mais nécessite de pratiquer poil par poil, ce qui est très long et très douloureux.

Il est intéressant de noter que l’épilation au laser, la plus pratiquée par les personnes transgenres, est plus efficace sur les poils épais. Donc le laser fonctionnera mieux avant tout traitement hormonal substitutif qui peut, pour une transition féminisante (MtF), diminuer la pousse et le diamètre des poils par la diminution de la testostérone – même sans anti-androgènes. Il est par conséquent préférable de commencer l’épilation au laser avant le THS mais ce n’est pas une obligation.
De plus, l’épilation définitive doit toujours être faite par des professionnel·le·s surtout pour le laser et seul·e·s les dermatologues sont habilité·e·s à pratiquer cela. Les centres esthétiques doivent se limiter aux méthodes temporaires et n’ont pas la formation pour l’épilation au laser. Concernant l’électrolyse, il est préférable de faire de même que le laser mais il existe des machines pour le faire soi-même (avec des risques).

2. La vie du poil


Un poil vu en coupe

Le poil est enraciné à environ 4 mm sous la peau dans le derme. Il se forme dans un bulbe pileux alimenté par une papille dermique vascularisée. Il faut comprendre que tous les poils ne sont pas actifs en même temps, donc toute épilation (définitive ou non) affectera seulement les poils visibles et vivants. Seulement 15 à 20% des poils sont en phase anagène à la fois, ce qui signifie que l’épilation définitive ne sera efficace que sur ces poils, laissant 80 à 85% des poils. D’où l’importance de faire une dizaine de séances tous les deux à trois mois sur deux à trois ans.

Le cycle de vie du poil se compose de trois phases :
     • Phase anagène : croissance du poil, la racine est grosse, fortement concentrée en mélanine et donc plus visible par conséquent c’est la meilleure phase pour l’épilation laser ou l’électrolyse. C’est lors de cette phase que la papille dermique nourrit le poil pour le faire pousser, cela dure de 1 à 3 mois (diffère selon les zones).
     • Phase catagène : repos cellulaire durant lequel le poil durant laquelle il se désolidarisera de sa papille avec un bulbe pileux qui n’est plus vascularisé ce qui explique l’inefficacité du laser durant cette phase. Celle-ci dure de une à trois semaines (diffère selon les zones).
     • Phase télogène : fin de vie du poil pendant que le poil en phase anagène pousse lentement le poil qui finit par tomber. Le laser n’est pas efficace sur un poil mort, dans lequel il n’y a pas de mélanine. Cette phase dure de quelques semaines à quatre mois (diffère selon les zones).

La durée de ce cycle pilaire est asynchrone et varie en fonction des zones chez l’humain :
     • Lèvre supérieure : 6 à 7 mois
     • Menton : 15 mois
     • Avants-bras : 9 mois
     • Jambes : 16 mois
     • Maillot et aisselles : 18 mois
     • Cheveux : 2 à 6 ans


Le cycle de vie du poil

Depuis des siècles, selon les sociétés et les traditions, les humains ont tendance à soit se débarrasser de leurs poils ou soit à favoriser leur présence, avec des différences inter-genres. Mais à quoi servent les poils chez les humains ? La plupart des informations sur le sujet sont des hypothèses mais on peut faire émerger celles qui suivent :
   • Vestiges d’une fourrure, nos poils gardent toujours un rôle d’isolant thermique, bien que celui-ci est réduit
   • Les cheveux et les poils contribuent à la détoxication de l’organisme
   • Les poils des aisselles et de la zone génitale diminuent les échauffements et les inflammations mais qui améliorent l’évaporation de la transpiration et la diffusion d’hormones
   • Les cils et les sourcils protègent les yeux contre les impuretés et la sueur
   • Les poils du nez et des oreilles sont des filtres

3. Épilation temporaire

A. Le rasage

Technique la plus rapide, le rasage avec un rasoir mécanique reste efficace dans la plupart des cas. Pour la barbe, les bras ou les jambes, le rasoir s’adapte aux grandes zones du corps accompagné de mousse pour éviter le dessèchement et diminuer le risque de coupure. Le problème reste la vitesse de repousse qui est très rapide, allant de un à deux jours selon les personnes.
Il est toutefois déconseillé d’utiliser le rasoir pour les zones délicates comme les aisselles ou le pubis car cela peut créer des micro-coupures. Et les coupures dans ces zones sont plus dangereuses que sur les jambes ou le visage. Il faut préférer des techniques moins agressives.

Contrairement à une croyance largement répandue, le poil qui repoussera ne sera pas plus épais mais simplement le poil qui repousse se verra davantage car il n’y a plus que son tronc qui reste (la pointe ayant été coupée). Si on laisse un poil repousser entièrement, il sera aussi fin que celui qui a été coupé.
Cependant, raser ou épiler un duvet va stimuler leur croissance et donc ils peuvent repousser plus épais et donc nécessiter un rasage ou une épilation continue. Il est préférable de laisser le duvet en place ou de pratiquer l’épilation définitive.

Le problème des personnes transgenres faisant une transition féminisante, c’est l’agressivité du rasoir mécanique car elles se rasent de très près tous les jours. Cela peut finir par abîmer la peau et laisser des marques de coupure. De plus l’ombre de la barbe, lorsque celle-ci est faite de poils sombres, reste visible malgré le rasage. À savoir que les rasoirs du commerce séparés en « pour homme » et « pour femme » peuvent présenter des différences, ceux destinés à l’usage des femmes sont parfois moins agressifs.

Le rasoir électrique peut être une solution bien qu’il coupe souvent de moins près que le rasoir mécanique. Il faut juste couper à rebrousse-poil contrairement au rasoir mécanique qui coupe dans le sens du poil. L’intérêt étant surtout d’éviter les coupures liées au rasoir mécanique.

B. La dépilation

Aussi efficace que le rasage, les crèmes dépilatoires dissolvent le poil juste au niveau de la peau grâce à un dérivé du soufre. La dépilation n’est pas douloureuse tant que la crème est enlevée à temps mais elle dure peu de temps comme le rasage.

Cette technique est pratique pour des zones inaccessibles ou peu pratiques pour les autres formes d’épilation. Certaines peaux ne supportent pas ce type de crème et il est prudent de faire des tests sur de petites surfaces avant toute dépilation à grande échelle.

C. L’épilation électrique ou à la cire

Populaire et peu coûteux, l’épilateur électrique est efficace et ne nécessite aucun préparatif mais ne peut être utilisé sur le visage ou les zones très sensibles. Aussi efficace que la pince à épiler et ce sur une zone aussi large que celle du rasoir, l’électrique est certes moins rapide que le rasoir mais offre un résultat plus durable.
Le problème principal reste la douleur qui va en diminuant au fil des épilations car le poil est moins ancré et s’arrache plus facilement mais les premières séances peuvent être insupportables sur des zones particulièrement poilues. La solution peut être de raser la zone avant d’attendre la repousse pour attaquer sur une zone où les poils sont moins nombreux. Il existe aussi souvent de petites plaques de plastique pour diminuer la zone d’épilation de l’appareil et donc la douleur dûe à l’épilation.
Les poils incarnés qui repoussent sous la peau après l’épilation peuvent survenir assez souvent, le gant de crin pour le gommage par exemple peut régler ce problème.

Donnant un résultat proche mais utilisant une technique différente, la cire demande l’utilisation de bandes de cire chaude ou froide à appliquer contre la peau sur la zone qu’on souhaite épiler. Lors du retrait rapide de la bande, les poils sont arrachés avec elle jusqu’à leur bulbe pileux. Si la cire est réputée moins douloureuse que l’épilation électrique, elle reste tout de même douloureuse. De plus, ces deux techniques demandent des poils d’une longueur minimum pour être efficace.
Il existe plusieurs types de cires et de produits qui sont plus ou efficaces mais il faut souligner que certaines peaux réagissent mal à la cire qui laisse des marquages. L’autre problème est la génération de déchets (bandes de cire) à chaque épilation et la demande de préparatifs.

D. La lumière pulsée

Nouvelle technique d’épilation qui a de nombreux avantages. La lumière pulsée utilise une lumière polychromatique allant du spectre visible à l’infrarouge. La lumière vise la mélanine du poil pour le brûler comme le laser donc les poils sombres sur une peau blanche rendent l’épilation plus efficace. Une peau sombre peut absorber la chaleur et entraîner une douleur, seule une réduction du niveau d’énergie ou des longueurs d’onde différentes peuvent améliorer l’épilation.
Si la technique est proche du laser, le traitement n’est pas définitif car la puissance de la lumière pulsée n’est pas aussi importante que le laser, par conséquent le poil devrait repousser.

Peu douloureuse comparée à l’épilation électrique ou à la cire, la lumière pulsée demande un investissement financier suffisant pour un appareil de bonne qualité. Les poils qui sont brûlés ne s’incarneront pas lors de la repousse contrairement aux autres techniques. Il est nécessaire de raser la zone avant de l’épiler pour que la lumière cible bien la racine du poil.

4. Épilation définitive

A. Le laser

L’une des techniques les plus pratiquées par les personnes transgenres faisant de l’épilation définitive. L’épilation au laser permet de brûler les bulbes pileux des poils en phase anagène (soit 20 à 25% des poils à la fois) sur une zone moyenne. Les premiers lasers étaient efficaces uniquement sur les poils sombres sur une peau claire mais depuis les techniques ont beaucoup évolué et aujourd’hui il existe peu de type de peau ou de poil qui résiste au laser (sauf pour les poils blancs).
La raison de cette plus grande efficience est due au contraste fort entre des poils noirs et une peau blanche, ce qui permet au laser de bien cibler la mélanine des bulbes pileux. Cette mélanine est l’élément clé du fonctionnement du traitement, puisqu’elle absorbe le laser qui se transforme instantanément en chaleur et désintègre le poil. De plus, un poil épais sera mieux ciblé par le laser, par conséquent l’épilation laser sera plus efficace pour une transition féminisante avant la prise d’un THS qui affine le poil.

Il existe plusieurs modèles, des plus basiques qui émettent simplement un laser aux plus modernes qui ont des fonctions d’anesthésie locale comme une diffusion d’air froid en même temps. L’important à retenir c’est d’aller uniquement auprès des dermatologues et d’éviter les centres esthétiques qui n’ont pas la formation pour utiliser l’épilation laser. Une mauvaise utilisation peut occasionner des douleurs fortes, laisser des marques ou brûler profondément la peau.
Raser la surface à épiler permet de diminuer la douleur et de faire cibler la racine par le laser. Certain·e·s dermatologues feront peu de cas de la douleur de leurs patient·e·s et si c’est le cas, le mieux est de changer. Mais si vous n’avez pas accès à d’autres professionnel·le·s, faites pression sur la personne qui s’occupe de l’épilation pour avoir une ordonnance d’un anesthésiant local (comme de l’Emla® par exemple) pour moins souffrir lors de l’épilation. Si votre dermatologue refuse, vous pouvez le demander à votre médecin généraliste. Faire une épilation laser sans anesthésiant est déconseillé, plus la zone à épiler sera fournie, plus la douleur sera forte (l’épilation du visage, une zone très sensible, est particulièrement pénible).

La technique du laser est également utilisée pour épiler la zone génitale dans le cas d’une vaginoplastie mais également l’avant-bras ou une zone du ventre pour une phalloplastie plusieurs mois avant la chirurgie. De la qualité de cette épilation dépendra en partie la qualité du résultat obtenu, si des poils n’ont pas été épilés correctement et qu’ils repoussent, cela peut être gênant.

Concernant les prix, cela dépend des professionnel·le·s car cela peut aller d’environ 40€ à plus de 120€. Un grand cabinet de dermatologie proposera des prix moins élevés car la machine est rentabilisée plus vite contrairement à un petit cabinet. Si vous avez l’Affection Longue Durée 31, il est possible d’obtenir un remboursement mais cela dépend des dermatologues. Il est préférable de s’enquérir de ces détails dès le premier rendez-vous.
Il est important de savoir qu’il ne faut pas épiler la zone concernée dans les trois semaines qui précèdent l’épilation laser mais il est toujours possible de raser ou d’utiliser un crème dépilatoire. De plus, il ne faut pas s’exposer à une luminosité trop importante après une épilation laser donc généralement votre dermatologue vous proposera une pause pendant l’été pour éviter que le soleil ne marque votre peau mais les marquages rouges suite à l’épilation disparaitront en quelques jours tout comme les poils.


Le faisceau du laser brûle les bulbes pileux de la barbe
Les lunettes de protection sont obligatoires pour se protéger les yeux

B. L’électrolyse

Plus ancienne que la technique du laser car utilisée depuis le début du XXème siècle. Le principe est d’insérer une fine sonde dans le follicule pileux et d’émettre un courant électrique pour brûler le poil. Le problème principal c’est que cette technique demande de faire poil après poil, ce qui est long et particulièrement douloureux. Cela demande davantage de séances que l’épilation laser et par conséquent cela est plus cher et le remboursement dépend des CPAM.
L’électrolyse est efficace sur les poils sans distinction concernant leur phase de croissance, leur couleur et la couleur de la peau. Mais plus le poil est épais, plus cette technique est efficace et évite de blesser le canal pilaire donc l’épilation à l’électrolyse est déconseillée pour les duvets. Elle peut également provoquer de légères brûlures cutanées, la cicatrisation est sensée bien se passer si l’épilation a été faite par un·e spécialiste.

La douleur provoquée par l’électrolyse est réellement plus importante que le laser, la crème anesthésiante étant relativement peu efficace car elle n’anesthésie pas assez profondément la peau – l’aiguille allant jusqu’à 6 mm de profondeur. C’est principalement cette douleur qui limite la taille de la zone traitée.
Généralement il est préférable d’essayer tout d’abord une séance de laser pour tester l’efficacité de celui-ci avant d’aller vers l’électrolyse qui doit toujours être la dernière technique à être utilisée à cause de ses grands défauts.

Il existe des appareils vendus aux particulier·e·s pour faire de l’électrolyse soi-même. Plusieurs formes existent : gel électrolytique, aiguille… Si le gel peut montrer une certaine efficacité mais seulement sur des poils épars à cause de la durée de traitement de chaque poil, l’aiguille tente de reproduire la technique classique et peut s’avérer risquée si elle est pratiquée par une personne qui n’est pas professionnelle.


L’électrolyse consiste à traiter chaque poil, ce qui est plus long et douloureux que le laser

Aller plus loin…

France laser : informations détaillées sur les types de laser et sur les techniques utilisées (plus mis à jour depuis plusieurs années)
Information Transgenre : informations sur l’épilation laser
Trans Road Map : détails sur les épilations définitives, notamment l’électrolyse
Support Transgenre Strasbourg : informations sur l’épilation

Avertissement : Tout ce que vous trouverez ici provient de mes connaissances et de mes tests empiriques (dont la validité est hypothétique). L’endocrinologie n’est pas une science exacte et les connaissances scientifiques actuelles sont très loin d’en recouvrir toutes les subtilités. N’oubliez pas que les différences interindividuelles des effets du THS peuvent être très importantes. Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !

Concernant les termes utilisés, si vous êtes perdu·e, allez voir le lexique.

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