Généralités sur les hormones

Mise à jour : Mars 2017

1. Présentation : Dosage idéal & effets du THS
2. Les médecins & les prescriptions : Parcours « privé » versus parcours « public »
3. Le THS & le genre : Pourquoi se lancer dans un THS ?

1. Présentation

Dosage idéal & effets du THS

La question du Traitement Hormonal Substitutif (qu’on appelle THS) est une question centrale pour toute personne transgenre entamant une transition hormonale. Les produits utilisés et les quantités prescrites varient d’un professionnel à l’autre. Les effets qu’auront ces produits varient énormément d’une personne à l’autre.
Mais il est important d’avoir un point de vue comparatif afin de savoir si l’on doit demander à son médecin des doses plus importantes1 ou non et si les effets des hormones sont ceux qui sont également ressentis par d’autres (les début d’un THS peuvent être chaotiques et savoir comment cela s’est passé pour d’autres personnes peut rassurer).

Trouver le dosage idéal demande un certain temps et d’un médecin à l’écoute (chaque personne étant différente, les mêmes dosages n’auront pas les mêmes effets) pour chaque produit. Et surcharger le corps ne fera pas avancer les choses plus vite, les capteurs hormonaux étant limités, cela revient à continuer à remplir un verre déjà plein. Prendre chaque dose à heure/jour2 fixe (plus ou moins) est important pour que le corps n’ait pas de creux hormonaux qui peuvent entraîner des fatigues ou des sensations désagréables. En cas d’oubli de dose, il est inutile de prendre le double le lendemain, cela surchagerait corps. Il faut aussi souligner que le THS se prend en théorie à vie, en particulier si on a bénéficié d’une opération génitale et/ou que nos gonades ont été retirées.
De plus, lorsqu’on est sous THS, il est nécessaire de faire des analyses de sang régulières (surtout les premières années et prescrites par le médecin référent ou un autre) pour surtout voir l’évolution de ses taux hormonaux (estradiol, testostérone et prolactine). Ceux-ci peuvent parfois grandement varier sans pour autant indiquer que le THS n’est pas efficace (voir mes taux hormonaux). Mais vous pourrez être amené·e à vérifier également ce sui suit :
• La créatinine : relative au fonctionnement des reins.
• L’acide urique
• Les transaminases : enzymes dont l’augmentation peut être liée à un THS trop fort et traduire une lésion des cellules du foie, du coeur, des reins ou des muscles.
• Les triglycérides : lipides pouvant augmenter le risque de thrombose, lié à certains produits du THS administrés par voie orale.
• Le cholestérol : certains produits utilisés pour le THS peuvent l’influer.
• La TSH et la FT4 : hormones thyroïdiennes pouvant être perturbées par un THS.
• La DHEA : hormone androgène produite par les glandes surrénales pouvant augmenter par un THS MtF car le corps cherche à compenser la diminution des hormones androgènes produites par les testicules.

Le début d’un THS est généralement difficile parce que cela bouleverse l’équilibre hormonal du corps et cela aura diverses conséquences souvent mineures mais qui peuvent être gênantes, le temps que le corps s’y habitue. Cela influera également sur la libido, l’accroissant ou la diminuant selon les personnes. Et certaines choses très délicates comme la perception des odeurs ou des goûts vont parfois changer… Les hormones ont des effets sur un grand nombre de choses dans le corps et chaque personne est affectée différemment par une modification de ses taux hormonaux liée à un THS.
Dans la plupart des cas, les sensations les plus gênantes, comme les bouffées de chaleur, vont disparaître dans les six mois mais si ce n’est pas le cas, le dosage quotidien est sans doute trop élevé, il vaut mieux en parler avec son médecin (s’il est de confiance sinon il est toujours possible de baisser soi-même les doses).

Si je me prends comme exemple, j’ai eu des bouffées de chaleurs les six premiers mois qui sont allées en décroissant mais le premier jour je me suis presque évanouie dans un amphithéâtre, tant la chaleur m’était montée à la tête sans que je m’y attende.

Les effets d’un THS sont très différents d’une personne à l’autre. Si l’on prend comme exemple la pousse mammaire, elle peut être rapide et importante comme lente et légère. Il ne faut pas considérer que ces effets sont liés à la seule prise d’hormone, ils sont multi-factoriels. La génétique, l’âge, le poids, la production hormonale de base, le nombre de capteurs hormonaux… le corps en général de la personne et les doses hormonales prises auront des effets sur les changements physiques. Si ceux-ci semblent trop lents, il est possible de tenter d’augmenter le dosage hormonal, si celui-ci n’est pas à son palier maximal3.
Mais le corps a ses limites et les hormones aussi. Certaines personnes auront très peu d’effets ou pas ceux qu’elles espéraient. La chirurgie peut aider dans ce cas mais il est important de bien choisir son chirurgien car un mauvais peut faire beaucoup de dégâts. Et avant de penser à de la chirurgie, il est conseillé d’attendre au moins trois ans pour s’assurer qu’il n’y aura plus de changements. Un THS aura des effets sur le corps pendant environ sept ans, comme une puberté classique, mais les changements les plus importants auront lieu pendant les trois premières années.

1 les doses : les hormones étant des molécules ayant un impact important sur le corps, il convient d’en prendre avec précaution en se calquant sur les doses émises naturellement par un corps humain. Tout excès peut entraîner des conséquences… que celles-ci soient assez minimes (bouffées de chaleur, étourdissement, altération des sensations…) ou majeures (cancers, métabolisme en carafe…). Cependant certains médecins qui ne s’y connaissent pas assez ont tendance à prescrire des doses trop basses par précaution, il convient de leur indiquer que leurs collègues prescrivent des doses plus fortes si le besoin s’en fait ressentir.

2 heure ou jour : tous les produits hormonaux n’ont pas la même posologie, il ne sera abordé ici que des hormones de type oestrogènes, progestérone et anti-androgène qui se prennent de façon quotidienne mais la testostérone s’injecte toutes les deux semaines ou plus selon les dosages/personnes.

3 palier de dosage : il existe des paliers pour éviter de prendre trop d’hormones, le dépasser est au mieux inutile, au pire dangereux. Le dosage à respecter dépedn du produit et également de votre métabolisme si vous présentez des caractéristiques à risques pour un THS. Si vous êtes suivi·e par un bon médecin, discutez-en avec ellui.

Synthèse

• Les effets varient beaucoup d’une personne à l’autre
• Le THS se prend en théorie toute la vie
• Un THS a des effets importants sur trois ans mais les changements se font sur sept ans (comme une puberté)
• Surdoser son THS est au mieux inutile et au pire dangereux
• Il faut faire des analyses de sang (pour les taux hormonaux surtout) tous les six mois (en particulier les premières années)
• Les changements de seront pas que physiques
• Ne jamais prendre une anti-hormone seule

2. Les médecins & les prescriptions

Parcours « privé » versus parcours « public »

Dans un parcours de transition dit « privé », il faut d’abord dire que la rumeur comme quoi il est nécessaire d’être suivi·e par un·e psy pour accéder à un THS est totalement fausse. Certains médecins vous diront qu’ils refusent de vous suivre sans attestation venant d’un·e psychologue ou d’un·e psychiatre mais ça n’a rien de légal. Il faut donc trouver des médecins trans-friendly4 (qu’ils soient généraliste, endocrinologue ou autre) pour avoir des prescriptions hormononales, ce qui est est la base pour commencer un THS. Il n’existe pas de formule magique pour faire apparaître un médecin trans-friendly qui acceptera d’écrire tout ce qu’on veut sur l’ordonnance. Ainsi il existe plusieurs solutions, la plus simple étant de côtoyer des personnes transgenres ayant commencé un THS qui pourront vous conseiller sur un médecin. Il est possible également de trouver un médecin par soi-même si l’on a confiance dans ceux que l’on connait… ou d’en chercher par soi-même si personne ne peut nous conseiller. Une telle recherche demande de se blinder psychologiquement car tester des médecins qui peuvent se révéler transphobes ou faussement trans-friendly coûte cher (autant en argent qu’en moral).
Mais il est conseillé de chercher un médecin proche de chez soi car on est amené·e à le côtoyer assez fréquemment (tous les trois ou six mois pour les renouvellements d’ordonnance et les analyses de sang). Un médecin qui accepte de commencer un THS n’est pas facile à trouver mais ça n’est pas tout, se lancer dans un THS peut être une expérience de vie particulière qui peut demander de se confier et avoir un médecin à l’écoute (et en qui on peut avoir confiance), cela peut se révéler très important.

À titre d’exemple, l’endocrinologue qui a fait mes premières ordonnance était froide et typiquement le style de personne à-qui-on-ne-confierait-pas-sa-plante-verte. Quand elle me demandait comment je me sentais, je mesurais chacun de mes mots en espérant qu’elle mette bien ce que je voulais en renouvellement d’ordonnance (qu’elle ne baisse pas mes doses et/ou ajoute ce que je voulais comme nouveau produit). Une relation avec un médecin ne devrait jamais être basée sur de la défiance, si tel est le cas, elle est toxique.

Mais quel type de médecin choisir ? On peut aller chercher dans plusieurs types de médecins : généralistes, endocrinologues, gynécologues… Tant que ceux-ci peuvent prescrire, ça fonctionnera. La question est donc de savoir si ce médecin acceptera de vous suivre ou non. Et beaucoup sont frileux sur la question du lancement d’un THS mais acceptent de le renouveller5 lorsque l’ordonnance arrive à sa fin. L’astuce peut être de commencer un THS avec un médecin (même s’il n’est pas de confiance) qui accepte d’en prescrire et de continuer avec un médecin de confiance qui accepte de le renouveller.
Il est nécessaire d’avoir un médecin prêt à modifier l’ordonnance sur demande suivant les produits qu’on souhaite ajouter à son THS. Et rares sont les médecins « experts » dans les THS qui vont accepter. La prétendue connaissance du sujet vont mener des médecins à créer leurs propres protocoles au fil du temps par des essais empiriques sur leurs patient·e·s (ce qui n’a aucune validité scientifique). Le mieux est souvent un médecin de confiance qui n’est pas « expert » dans les THS et accepte de se former avec l’aide de son/sa patient·e. Si vous cherchez des sites rassemblant des listes de soignant·e·s, allez faire un tour dans la sitographie.

Si ce qui est décrit précédemment est le parcours de transition dit « privé », c’est parce qu’il sous-entend que læ patient·e fasse iel-même ses propres démarches avec des professionnels qui ne sont pas liés entre-eux (médecins, endocrinologues, dermatologues, orthophonistes…) et qui travaillent en libéral. Cela demande des ressources multiples : des professionnels disponibles (faire sa transition dans une grande ville est plus facile), de l’argent (en-dehors des remboursements de la Sécurité Sociale, un grand nombre de traitements ne sont pas remboursés comme le THS, l’épilation et les opérations chirurgicales sauf si vous disposez de l’Affection Longue Durée) et du temps (rechercher les professionnels, aller aux rendez-vous…).

S’il est possible d’acheter des médicaments hormonaux sur Internet, il est très déconseillé de le faire pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il n’y a aucune garantie de l’origine et de la contenance de ces médicaments, ils peuvent être surdosés, sous-dosés ou même toxiques. Ensuite les prix sont beaucoup plus élevés que ceux pratiqués en pharmacie, parfois allant jusqu’à six fois le prix de base voire davantage. Pour finir, commencer un THS sans aucun suivi (comme des analyses de sang) pour avoir une idée des changements hormonaux est dangereux, il faut maîtriser les doses qu’on prend et leurs effets. Cela n’est possible qu’avec des médicaments hormonaux validés.
Si vous n’avez pas le choix, pour quelque raison que ce soit, ne prenez pas de médicaments hormonaux à base de phytothérapie (les hormones extraites de plantes) qui ne sont pas faites pour le corps humain et qui, au mieux, seront inutiles. Soyez prudent·e et recherchez des produits semblables à ceux vendus en pharmacie. Mais faites votre possible pour trouver un médecin pour vous faire des ordonnances pour des analyses de sang et votre THS.

Cependant nombre de personnes transgenres n’ont pas les moyens et ne parviennent pas à obtenir l’ALD (qui dépend du bon vouloir des personnes en place dans dans chaque département). La solution de dernier recours est le parcours de transition « public », autrement dit la prise en charge par la SoFECT (il existe d’autres structures, comme à Lille, qui sont plus respectueuses mais elles sont rares). Si c’est le dernier recours, c’est parce que le parcours par la SoFECT est long, très long… et peut n’aboutir à aucune prise en charge. Ce sont des équipes hospitalières qui s’autoproclament « officielles » installées à Paris, Bordeaux, Lyon, Montpellier, Nice et Marseille. Ces équipes sont constituées de psychologues, de psychiatres d’endocrinologues et de chirurgiens qui ont mis en place un protocole d’entrée. Si les patient·e·s ne correspondent pas à leurs critères, iels sont écarté·e·s de la sélection. Ce protocole a pour but de trier les profils en gardant les « vrai·e·s transsexuel·le·s«  des « fau·x·sses » en se basant sur une analyse psychologique des candidat·e·s. Le problème c’est que les conceptions sur la transidentité de ces équipes sont totalement binaires (un homme doit être viril et une femme doit être féminine) et transphobes (obligation d’une opération génitale, de traitement hormonal…).
De plus il n’existe aucun test psychologique pour savoir si une personne est bien transgenre ou non. Les psychologues et les psychiatres de la SoFECT vont donc poser des questions pour savoir si la personne en face d’eux est légitime ou non dans sa démarche, car ils s’opposent totalement à l’autodétermination. Ce protocole a pour but de déterminer si la personne est « atteinte de transsexualisme6 » ou non. Il sera donc question de stéréotypes de genre (loisirs préférés, couleurs préférées, jouets préférés pendant l’enfance), de sexualité (il faut être hétérosexuel·le dans le genre d’arrivée), de test de vie réelle (six mois de vie dans le genre souhaité sans aucun THS, peut se révéler destructeur si on a pas un bon passing7 ), de tests psychologiques variés (dont le but originel n’est pas du tout de « diagnostiquer » la transidentité)…
Et tout cela pendant deux à trois ans (avec des rendez-vous tous les deux mois environ) pendant lesquels aucun traitement hormonal ne sera donné et aucune opération faite car le but est de tester la tenacité du sujet. Mais attention, si le sujet s’avère être trop tenace, cela peut être vu comme une mauvaise chose.
• Si vous avez un bon passing sans THS, cela sera positif mais si c’est le contraire, les psys vous le feront comprendre.
• Si vous ne souhaitez pas d’opération génitale, vous n’êtes pas considéré·e comme un·e « vrai·e transsexuel·le ».
• Si vous êtes trop queer dans votre façon de vous habiller, vous serez considéré·e comme n’étant pas assez stable dans votre démarche.
Si vous… faites quoi que ce soit qui déplaise à l’équipe qui vous prend en charge, vous serez exclu·e.

Et enfin si le psy vous donne l’accord pour commencer un THS… Il faut savoir que les femmes transgenres sont mises sous Androcur® seul (un anti-androgène puissant) les trois premiers mois. Or il ne faut jamais utiliser un anti-androgène sans des estrogènes pour compenser sinon le corps se vide des hormones stéroïdes (sexuelles) et cela peut provoquer la dépression ou de l’ostéoporose. Les personnes qui survivent à ces premiers mois de THS ont le droit de le continuer.
Il y aura une prise en charge pour les hormones, l’épilation définitive, la phoniatrie, les opérations nécessaires (mammectomie, mammoplastie, opérations génitales) et le Changement d’État-Civil. Là encore, il faut savoir que les opérations ne seront pas forcément de bonne qualité, en particulier les opérations génitales. Les chirurgiens français sont réputés comme étant les plus mauvais dans le monde et, même si elle est remboursée, une opération génitale mal faite est un enfer.

Si vous êtes suffisamment solide psychologiquement pour supporter les brimades et faire comme si vous rentriez dans le moule pendant plusieurs années, vous pouvez passer par la SoFECT. De plus, vous pouvez très bien vous jouer de ces équipes en affichant des envies en corrélation avec leurs critères… puis vous pouvez refuser d’avoir une opération génitale par exemple, ils ne peuvent pas vous forcer mais vous aurez bénéficié d’une prise en charge totale pour le reste de votre transition.
Je conseille un parcours dans le privé et de tenter d’avoir une prise en charge avec l’ALD mais si vous n’en avez pas les moyens et que vous êtes assez fort·e, vous pouvez essayer de passer par la SoFECT mais c’est le trajet le plus long et le plus éprouvant.

4trans-friendly : certains médecins vont afficher une fausse acceptation et ne faire que « balader » leurs patient·e·s sans leur faire d’ordonnance ou vont les maltraiter même s’ils acceptent de commencer un THS. Ils faut les fuir le plus possible, ce sont des médecins dangereux. Ceux qui sont bons et donc trans-friendly vous écouteront et accepteront de vous donner un THS sans conditions tant que vous ne demandez pas des doses dangereuses.

5 renouveller un THS : une ordonnance a une limite dans le temps (trois ou six mois le plus souvent) et il est nécessaire d’aller la faire renouveller. Arrêter un THS sans sevrage est violent pour le corps et même des médecins qui refuseraient de démarrer un THS acceptent fréquemment si ce n’est qu’un renouvellement. S’ils ne font que renouveller, ils n’ont pas de responsabilité médicale.

6 « atteinte de transsexualisme » : pour la SoFECT, la transidentité est une pathologie qu’il faut soigner par une prise en charge hormono-chirurgicale.

7 passing : se réfère à la capacité d’une personne transgenre à être considérée, en un seul coup d’œil, comme une personne cisgenre. En général, le passing implique un mélange d’indices physiques genrés (par exemple, la coupe de cheveux ou les vêtements) ainsi que certains comportements qui ont tendance à être culturellement associés à un genre en particulier. Indépendamment de l’apparence physique, la confiance en soi est également très importante.

Synthèse

• Il n’y a aucune obligation d’avoir un suivi psychologique ou psychiatrique pour avoir un THS dans un parcours de transition en libéral
• Trouver un médecin qui est compréhensif et à proximité qui accepte de se former sur le THS dans un parcours de transition en libéral
• Si on doit rentrer dans un parcours hospitalier avec la SoFECT, faire semblant de rentrer dans leur jeu et considérer l’équipe référente comme un outil, ne jamais perdre de vue le but final (accéder au THS ou au THS et à des opérations chirurgicales) et garder la tête froide
• Il faut éviter d’acheter des produits hormonaux sur Internet
• Ne jamais se laisser faire par un médecin transphobe : aller en voir un autre ou jouer le jeu pendant un moment si on n’a pas d’autre alternative
• Une transition est totalement personnelle : personne n’a le droit d’obliger qui que ce soit à suivre un THS ou faire des opérations chirurgicales

3. Le THS & le genre

Pourquoi se lancer dans un THS ?

Quand on se lance dans une transition de genre, la question du THS arrive très vite, tout d’abord parce que notre société nous pousse à rentrer dans les cases qu’elle crée. C’est la question fondamentale du passing qui, bien qu’elle soit un terrible dictat, concerne toutes les personnes transgenres. Il s’agit donc d’être considérée (dans la rue, par exemple) comme étant cisgenre (bon passing) ou non. Avoir un bon passing offre une protection contre la transphobie de rue et en avoir un mauvais laisse vulnérable aux attaques transphobes (du simple coup d’oeil appuyé aux attaques physiques).
Certaines personnes transgenres ont un bon passing sans avoir recours à un THS car leur corps de base présente un aspect suffisamment androgyne pour ne pas avoir besoin de recourir à un THS. Ces personnes n’ont donc qu’à faire que quelques modifications (coupe de cheveux, se binder ou porter un soutien-gorge rembourré, se maquiller…) pour avoir un passing suffisant. Les personnes qui n’ont pas cet avantage ont besoin d’attendre que le THS modifie leur corps pour avoir un bon passing, il arrive que certains aspects nécessitent des opérations chirurgicales (notamment chez les femmes transgenres quand la testostérone a fait des modifications trop marquées comme certains traits du visage ou pour les cheveux). Toutefois le THS n’est jamais obligatoire, chaque personne fait sa transition comme elle souhaite.

Mais le THS n’est pas uniquement une question de passing car prendre un THS est avant tout une décision que l’on prend pour soi (alors le passing est lié à la vision que les autres ont de nous). Quand on est un homme transgenre, voir sa barbe pousser et sa voix s’aggraver peut être un véritable bonheur tout comme la pousse de la poitrine pour une femme transgenre. Cela permet de diminuer la dysphorie de genre et amener la personne à apprécier son corps qui devient tel qu’elle le souhaitait.
Cela dit, il faut voir le THS comme un ensemble qui va influer sur beaucoup de choses et pas uniquement physiques :
• Pour les THS FtM : la diminution/disparition des règles, le dickclit, la barbe, la mue, la pousse de la pilosité…
• Pour les THS MtF : la diminution de la pousse des poils, la diminution des érections, la baisse de la libido, la pousse mammaire, la répartition des graisses…

Il est notable de souligner qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une identité de genre binaire et de vivre de la dysphorie de genre pour prendre un THS. On peut tout à fait être non-binaire et suivre un THS tout simplement parce que les modifications physiques obtenues nous intéressent. Cela ne remet pas en question notre identité de genre et peut juste permettre d’accéder à un corps qui nous plaît davantage ainsi que donner un meilleur passing. Et cela parce qu’il ne faut pas oublier que la question du passing est totalement binaire et une personne non-binaire sera parfois tentée de chercher à obtenir une apparence binaire pour éviter les problèmes (c’est un problème mais cela arrive fréquemment). Avoir une apparence très queer est bien souvent un risque dans la rue car cela attire les attaques de personnes transphobes/homophobes.

Pour moi, la question du THS s’est résolue quand j’ai compris que mon identité de genre ne devait pas déclencher ce choix à elle seule. J’hésitais à me lancer dans un THS parce que je savais que je n’étais pas un homme, que j’étais en partie une femme mais je détectais aussi autre chose, une partie de mon identité de genre surlaquelle je ne pouvais pas mettre de mots. D’autant plus agaçant que cette identité de genre était mouvante selon les jours, les circonstances et mes émotions. J’ai compris plus tard que j’étais genderfluid.
Je savais qu’aux yeux de la société, je souhaitais être plutôt vue comme une femme puisqu’il me fallait choisir entre les catégories homme et femme. Et que ma fémininité était la partie dominante de mon identité de genre et dans l’expression de genre que j’aimais. Mais je ne voulais pas m’enfermer dans une autre case, je voulais me libérer et j’avais peur que prendre un THS allait m’enfermer dans une case qui me convenait plus mais qui n’était toujours pas moi.
Mais il faut distinguer l’outil et le but. Ce n’est pas parce qu’on modifie son corps vers une apparence mâle ou femelle qu’on doit prendre toutes les composantes qui vont avec d’après la société. Ce n’est pas la lampe du génie d’Aladdin. C’est à nous-même d’en redéfinir les contours et de nous libérer des limites qu’on nous a imposé. Le THS n’est qu’une clé, c’est à nous même de construire ce qu’il y a derrière la porte.

Cependant prendre un THS ne doit jamais venir uniquement d’une question de passing au risque de ne pas apprécier les changements physiques qui apparaissent. Il faut avoir conscience de ces changements possibles et les souhaiter au-delà de l’amélioration du passing. De plus, un THS se prend à vie donc c’est une décision qui engage la personne qui la prend. Il est possible de l’arrêter mais cela peut entraîner une re-masculinisation/re-féminisation selon les gonades de la personne.
Il est notable de remarquer qu’un arrêt d’un THS FtM est moins gênant qu’un arrêt d’un THS MtF. La mue de la voie et le réveil des bulbes pileux de la barbe seront toujours effectifs même après l’arrêt du THS FtM tandis que la poitrine aura tendance à diminuer et les érections reviendront après l’arrêt du THS MtF. Si la personne n’a plus ses gonades, c’est qu’elle a bénéficié d’une chirurgie de reconstruction génitale et l’arrêt du THS n’entraînera pas de re-masculinisation ou de re-féminisation mais peut augmenter les risques d’ostéoporose et de dépression.

Synthèse

• Le THS améliorera le passing et simplifie la vie des personnes transgenres
• Le THS aide à diminuer la dysphorie de genre quand elle est présente
• Il n’y a aucune obligation à suivre un THS, il faut le vouloir et une personne transgenre ayant un THS n’est pas plus légitime qu’une personne transgenre n’en souhaitant pas
• Si le THS aide à l’amélioration du passing, ça ne doit pas être la seule motivation pour le suivre
• Il n’est pas nécessaire d’avoir une identité de genre binaire pour être légitime à suivre un THS
• L’arrêt d’un THS peut entraîner une re-masculinisation ou une re-féminisation si on a encore ses gonades ou entraîner des risques d’ostéoporose et de dépression si on ne les a plus (arpès une GRS)

Avertissement : tout ce que vous trouverez ici provient de mes connaissances et de mes tests empiriques (dont la validité est hypothétique). L’endocrinologie n’est pas une science exacte et les connaissances scientifiques actuelles sont très loin d’en recouvrir toutes les subtilités. N’oubliez pas que les différences interindividuelles des effets du THS peuvent être très importantes. Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !

Concernant les termes utilisés, si vous êtes perdu·e, allez voir le lexique.

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