Parler d’intersexuations

Mise à jour : Mars 2017

Crédit de l’image : drapeau intersexe créé par l’Organisation Intersex International Australia

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A. Tout d’abord qu’est-ce que l’intersexuation ?
B. On parle d’intersexuation ou d’intersexualité ?
C. On utilise l’adjectif intersexe, intersexué·e ou intersexuel·le ?
D. Comment parler d’une personne intersexe ?
E. Que faire du terme hermaphrodisme / hermaphrodite ?
F. Et les personnes non-intersexuées (dites dyadiques) ?

A. Tout d’abord qu’est-ce que l’intersexuation ?

Les personnes intersexes présentent des variations saines, innées et naturelles des sexes humains. Celles-ci sont multiples : les organes génitaux internes et/ou externes, les structures hormonales (gonades) et/ou chromosomiques peuvent ne pas correspondre aux attentes médicales et sociales, tout comme d’autres caractéristiques hormono-dépendantes telles que la masse musculaire, la pilosité ou la stature, par exemple. Ces différences peuvent ne pas être visibles à la naissance mais devenir visibles à différents moments : la période prénatale, l’enfant, la puberté ou l’âge adulte. Il n’y a donc pas une forme d’intersexuation mais des formes d’intersexuations.
Les recherches les plus poussées ont déterminé que les personnes intersexes constitueraient un taux estimé de 1,7% de la population, ce qui rend l’intersexuation aussi courante que la rousseur (1%-2%). Une personne peut s’apercevoir très tôt, bien plus tard ou même jamais qu’elle est intersexuée. L’intersexuation est différente des identités de genre et des orientations sexuelles/romantiques. Les personnes intersexes peuvent s’identifier comme femmes, hommes ou non-binaires. En outre, elles peuvent être cisgenres ou transgenres avec des orientations sexuelles/romantiques aussi variées que les personnes dyadiques.

D‘après le Haut Commissaire des Nations Unies aux Droits de l’Hommes, « les personnes intersexes (enfants comme adultes) subissent de multiples violations de leurs droits humains (droit à la santé, à l’intégrité physique, à l’égalité, à la non-discrimination et à ne pas subir des tortures ou des mauvais traitements). »
Les associations de personnes intersexes s’opposent à la pathologisation et se prononcent en faveur de l’autodétermination. Cela implique la fin des mutilations, des stérilisations et des traitements hormonaux systématiques et forcés. Les personnes concernées par l’intersexuation doivent être informées de manière non-pathologisante, complète et détaillée sur leurs particularités avec un accès total à leur dossiers médicaux et un accès à des groupes de soutien et d’échange. En outre, le personnel médical, social et juridique doit être formé au suivi des personnes intersexes et la mention de sexe/genre doit être supprimée de l’État-Civil parce qu’elle force à choisir entre deux possibilités binaires (définition créée à partir de la brochure du CIA).

Pour plus d’informations, voir le Collectif Intersexes & Allié·e·s (notamment Intersexuation : aller plus loin [Spécial Allié.e.s]), la brochure du CIA et l’Organisation Internationale des Intersexes Francophonie.

B. On parle d’intersexuation ou d’intersexualité ?

Le terme d’intersexuation est préférable pour parler du fait d’être intersexué·e. Il est formé du préfixe « inter » (entre deux), du verbe sexuer et du suffixe « ation », ce qui cible les caractéristiques qui sont entre les deux sexes standards (mâle et femelle) selon une vision binaire de la séparation des sexes. Ex. : « L’intersexuation est une question qu’il faut sortir des mains des médecins ».

Concernant l’intersexualité, ce terme est impropre à considérer les questions d’intersexuation car il fait appel à la dimension de la sexualité, or l’intersexuation n’est pas en lien avec la sexualité mais l’aspect génital, les gonades et/ou les chromosomes. Cette méprise vient du fait que l’aspect génital est l’atypicité la plus ciblée et la plus connue.

C. On utilise l’adjectif intersexe, intersexué·e ou intersexuel·le ?

L’adjectif intersexe, habituellement on l’utilise pour les personnes concernées qui ont conscience de leur intersexuation et qui revendiquent une vision positive et non-pathologisante de leur corps.
Et l’adjectif intersexué·e, habituellement on l’utilise pour toutes les personnes concernées.
On peut considérer que les deux sont plus ou moins interchangeables, le plus simple étant de reprendre le terme utilisé par la personne concernée afin de ne pas mettre mal à l’aise cette dernière. Il faut remarquer que l’adjectif intersexe offre la possibilité de ne pas genrer la personne contrairement à intersexué·e où, à l’écrit, il est nécessaire de choisir un genre (sauf si on le laisse sous sa forme neutre).

Concernant l’adjectif intersexuel·le, comme pour intersexualité, ce terme est impropre à désigner une personne intersexe car il fait un contre-sens en désignant l’aspect sexuel. Or il n’est pas question de sexualité mais de sexe génital/gonadique/chromosomique.

D. Comment parler d’une personne intersexe ?

Il est délicat de chercher à proposer une façon de faire générale pour parler d’une personne intersexe. Il est strictement impossible de savoir comment parler d’une personne concernée sans lui demander ou se calquer sur la façon dont elle parle d’elle-même.
Les pronoms à utiliser peuvent être classiques (il ou elle) mais peuvent également être neutres (iel, one, they…), tout dépend de l’identité de genre de la personne. Tout comme les personnes dyadiques non-binaires, les personnes intersexes peuvent présenter des identités de genre variées et non nécessairement binaires. Il est préférable d’éviter de se fier à l’expression de genre de la personne pour savoir comment la genrer, plutôt que de choisir le pronom et les accords qui vous semblent les plus probables, le mieux est de demander tout comme avec une personne dyadique non-binaire.

L‘important est de respecter la personne dans son identité de genre et son vécu, humaine avant tout. Je me permets ici de placer un extrait d’un article du Collectif Intersexes & Allié·e·s : « cette impression d’être regardé.e comme le chaînon manquant, ou comme une race ancienne et disparue dont on serait les derniers représentant.e.s. Ou comme l’Opprimé.e Ultime, dans cette course à l’oppression qui pourrit le milieu queer.
Peut-être croyez-vous que parce que vous nous regardez avec fascination et des étoiles dans les yeux, ce n’est pas du tout pareil que quand on est/a été observé.e.s avec dégoût ou curiosité. La vérité, c’est que vous participez à notre déshumanisation, à notre exclusion de la communauté des personnes humaines “naturelles” “normales”.
Petit conseil : rappelez-vous que nous ne sommes pas seulement des intersexes, nous sommes aussi des adultes, des activistes, nous avons une vie, un entourage, des projets : bref voyez-nous en trois dimensions, et comme des camarades. »

Vous l’aurez compris, le principe est de tout simplement respecter la personne et la voir comme seulement humaine, sans la regarder avec fascination/admiration ou avec dégoût ce qui, dans les deux cas, la déshumanise. Et tout comme pour les personnes dyadiques transgenres, l’intersexuation d’une personne n’a pas besoin d’être citée à chaque fois qu’on parle d’elle, cela la réduirait à cette caractéristique.

E. Que faire du terme hermaphrodisme / hermaphrodite ?

À propos de l’hermaphrodisme, ce terme n’est pas adapté du tout pour parler d’intersexuation et fait un lourd contre-sens car il ne peut pas concerner les humains, de plus cela crée une exotisation et une mythologisation des personnes concernées.
L’hermaphrodisme est un phénomène biologique dans lequel l’être vivant est morphologiquement mâle et femelle, soit simultanément soit alternativement. Alors que l’intersexuation est une variation des espèces gonochoristes, comme les humains, qui vient développer des atypicités génitales, gonadiques et/ou chromosomiques. Ces atypicités n’entraînent pas, pour 95% des personnes concernées, de problèmes de santé et n’ont donc aucun besoin d’être modifiées par la chirurgie.

F. Et les personnes non-intersexuées (dites dyadiques) ?

Les personnes non-intersexuées sont appelées « dyadiques » (qui fait référence à une dualité) en référence à une séparation mâle/femelle dans laquelle ces personnes rentrent. Cela concerne la majorité de la population, que ces personnes soient cisgenres ou transgenres. Cependant les personnes intersexes peuvent tout à fait être aussi cisgenres ou transgenres puisque la majorité des personnes concernées sont assignées de force à la catégorie femelle ou mâle à la naissance (avec souvent une mutilation génitale si leurs organes génitaux ne correspondent pas aux proportions acceptées par le corps médical).
Si ces personnes développent une identité de genre correspondante à leur assignation de naissance, ce sont des personnes intersexes et cisgenres. Et si ces personnes développent une identité de genre qui ne correspond pas à leur assignation de naissance, ce sont des personnes intersexes et transgenres (du côté binaire ou non-binaire donc queer, genderfluid…).

Il arrive également, dans certains pays, que les personnes intersexes (dans les cas où cela est constaté à la naissance) ne soient pas mutilées et qu’elles soient assignées à une trosième catégorie telle que « Non-spécifié ». C’est le cas dans très peu de pays mais, dans ce cas précis, on ne peut pas parler de cisgenre/transgenre pour les personnes concernées puisqu’elle n’ont pas eu de genre assigné à la naissance, leur laissant le choix de développer leur identité de genre librement.
Il faut souligner que si cette façon de faire est très progressiste et positive pour la reconnaissance des personnes intersexes, elle n’est souvent appliquée qu’en partie en obligeant bien souvent les parents à choisir après quelques années un genre administratif pour leur enfant.

Un certain nombre de personnes ne savent pas qu’elles sont intersexes (et ne sont donc pas dyadiques) car leurs caractéristiques intersexuées ne sont pas visibles. Elles peuvent concerner leurs gonades ou leurs chromosomes et ne pas avoir influencé visiblement leur développement à la puberté. Ces personnes intersexes qui s’ignorent elles-mêmes peuvent s’en rendre compte lors d’un caryotype ou une radio par exemple même si certaines d’entre-elles vivent toute leur vie sans le savoir.


Avertissement : Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !
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