Parler de transidentités

Mise à jour : Octobre 2017

Crédit de l’image (de gauche à droite) : drapeau transgenre créé par Monica Helms, drapeau transgenre alternatif créé par Jennifer Pellinen et drapeau genderqueer créé par Marilyn Roxie.

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A. Tout d’abord qu’est-ce que la transidentité ?
B. On parle de transidentité, de transitude, de transsexualité ou de transsexualisme ?
C. On utilise l’adjectif trans, transgenre, transsexe ou transsexuel·le ?
D. Comment parler d’une personne transgenre ?
E. Que faire de l’adjectif trans* ?
F. Quelle est la différence d’avec le travestissement ?
G. Que faire des termes comme lady boy, shemale et tranny ?
H. Et les personnes non-transgenres (dites cisgenres) ?

Avertissement : parler de transidentité est complexe du fait du nombre de points de vue différents autant par les personnes concernées que par les personnes non-concernées qui s’estiment assez expertes pour avoir un avis à donner. Il existe nombre de termes pour désigner la transidentité, les personnes transidentitaires, les personnes qui ne le sont pas… ajoutant à cela tous les termes qui sont utilisés pour parler des identités de genre qui sont bien plus nombreuses que juste « femme » et « homme » dans la sphère transidentitaire. Il ne sera pas question des identités de genre ici, vous pouvez vous informer par là. Dans le lexique, vous pourrez retrouver les différents termes utilisés pour parler de transidentité. Nous verrons ici comment les utiliser en pratique.

A. Tout d’abord qu’est-ce que la transidentité ?

La transidentité est le sentiment de ne pas appartenir au genre qui nous été assigné à la naissance en fonction de l’apparence de notre appareil génital (généralement femme ou homme). Elle n’est pas une orientation sexuelle ou romantique ni du travestissement. Elle concernerait 1 personne sur 1000 environ, sachant que le peu d’études faite sur le sujet nous laissent des chiffres dont la validité peut être facilement mise en doute. Toutes les personnes transidentitaires ne souhaitent pas forcément faire une transition binaire vers le genre opposé à celui qui leur été assigné à la naissance. Il existe nombre de personnes transidentitaires non-binaires qui présentent des identités de genre très variées et qui n’en sont pas moins des personnes transgenres légitimes. C’est là qu’il est possible de considérer la transidentité comme des transidentités au vu des multiples identités qu’elle recouvre.
Note : je place les identités non-binaires (queers, genderqueers, genderfluids, demigenres, xénogenres, neutrois…) et agenres dans la sphère des transidentités tout comme les identités transgenres binaires. Ce n’est pas le cas de tout le monde mais je pars de l’idée que toute personne dont l’identité de genre est différente de l’assignation de genre de naissance est transidentitaire. Je parle bien sûr des identités de genre, une personne ayant une expression de genre queer n’est pas forcément transgenre.

Les parcours de transition varient également grandement mais la plupart font une transition sociale (nouveau prénom, utilisation de pronoms différents) auprès de leur proches. Certaines personnes prennent aussi un Traitement Hormonal Substitutif pour modifier leur corps vers une apparence qui leur convient mieux et, de ce fait, améliorer leur passing. Et d’autres encore font en plus des opérations chirurgicales (visage, poitrine, modification génitale…) afin de modifier certaines parties de leur corps que le THS ne peut pas modifier. Certaines personnes transgenres ne transitionnent pas pour des raisons personnelles ou attendent le bon moment pour transitionner (par exemple : ne plus être chez ses parents). Et une personne transgenre qui transitionne n’est pas plus légitime qu’une personne transgenre qui ne transitionne pas.
Un grand nombre de personnes transgenres n’ont pas eu de modification de leur État-Civil parce que celle-ci est compliquée et coûteuse à réaliser (et nécessite souvent d’avoir été stérélisé·e). Une récente loi autorise les personnes transgenres à accéder à la modification de leurs prénoms sur simple présentation à la mairie avec quelques documents attestant de leur changement de prénom dans la vie quotidienne, si cela vous intéresse, allez voir cet article. Quant à la mention « sexe », elle nécessite toujours un passage au tribunal avec un jugement parfois aléatoire.

B. On parle de transidentité, de transitude, de transsexualité ou de transsexualisme ?

Le terme transidentité (créé à partir de “trans” qui veut dire « de l’autre côté » et d’identité), est le terme préférable pour parler du fait d’être transgenre. Transitude peut s’utiliser comme alternative (créé à partir de “trans” et d’attitude) au sens légèrement différent, de façon diffuse. Ex. : « La transidentité est une question sociale ».
L’adjectif transidentitaire est directement tiré de “transidentité” et s’utilise de façon alternative à transgenre pour désigner des concepts. Ex. : « Les questions transidentitaires ».

Pour transsexualité, ce terme est impropre à considérer les questions de transidentité car il fait appel à la dimension de la sexualité, or une transition est en lien avec le genre, pas la sexualité. Cette méprise vient des opérations génitales que font certaines personnes transgenres.
À propos du transsexualisme, ce terme fait référence à la classification psychiatrique et pathologisante de la transidentité. C’est transphobe au possible et c’est l’appelation à éviter absolument.

C. On utilise l’adjectif trans, transgenre, transsexe ou transsexuel·le ?

L’adjectif transgenre est le terme préférable à utiliser, en règle générale, pour parler d’une personne concernée par la transidentité. Il est formé du préfixe « trans » (« de l’autre côté de ») et de genre. Ex. : « une personne transgenre », « une femme transgenre », « un homme transgenre »…
Et l’abréviation trans en alternative à transgenre dans le langage courant et parlé. Ex. : « Je suis une femme trans ».

L’adjectif transsexe vient souligner qu’il s’agit d’une personne transgenre qui a été opérée génitalement. Elle n’est pas d’une grande utilité parce qu’il n’y a pas de différence sociale entre une personne transgenre opérée génitalement et une personne transgenre non-opérée génitalement. De plus, cette classification crée une scission néfaste entre les personnes transgenres ayant fait (ou souhaitant) une opération génitale et celles qui n’en souhaitent pas. Ainsi cela cible l’aspect de modification génitale d’une personne transgenre, ce qui est assez inadapté et maladroit. Ex. : « Une personne transsexe ».

Pour l’adjectif transsexuel·le, il est impropre à évoquer la question transidentitaire parce qu’il sous-entend qu’il y a un aspect “sexuel” dans le parcours de transition. Or il n’est pas question de sexualité ni d’orientation sexuelle dans une transition. Cette méprise vient des opérations génitales que peuvent faire certaines personnes transgenres. Ce terme rappelle également la pathologisation et la psychiatrisation qui est encore l’un des plus grands problèmes des personnes transgenres.
Si toutefois il est nécessaire de l’utiliser, on genre l’adjectif selon le genre de la personne concernée. Pour une transition de type MtF, on dit « une femme transsexuelle » et pour une transition de type FtM, on dit « un homme transsexuel ».

D. Comment parler d’une personne transgenre ?

Pour les hommes transgenres, on utilise généralement le pronom « il » et on accorde au masculin. Ce sont des hommes qui ont été assignés « femme » à la naissance et qui ont entrepris un parcours de transition vers le genre masculin (ce type de transition s’appelle FtM).

Pour les femmes transgenres, on utilise généralement le pronom « elle » et on accorde au féminin. Ce sont des femmes qui ont été assignées « homme » à la naissance et qui ont entrepris un parcours de transition vers le genre féminin (ce type de transition s’appelle MtF).

Pour les personnes non-binaires, on utilise les pronoms que la personne souhaite (iel, ol, ul, il, elle…) et on accorde de la même manière. Ce sont des personnes qui ont été assignées « homme » ou « femme » à la naissance et qui ont entrepris un parcours de transition vers un genre non-binaire (ce type de transition s’appelle MtX ou FtX). Pour connaitre les pronoms à utiliser pour désigner la personne, il faut lui les demander poliment.

Il est notable de remarquer que ce n’est pas parce qu’une personne est transgenre qu’il est nécessaire de le faire remarquer à chaque fois qu’on parle d’elle (sinon on risque l’outing). La transidentité d’une personne doit être évoquée par elle-même et elle n’est pas obligée d’en parler si elle n’en a pas envie. Ainsi lorsqu’on parle de personnes transgenres en général, on les considère comme des femmes, des hommes ou des personnes comme tout le monde, le fait d’être transgenre n’est qu’une de leurs caractéristiques qui n’a pas plus d’importance que les autres.
De plus les appelations FtM, MtF, FtX ou MtX ne sont pas sans défaut et servent juste à désigner le type de transition qu’une personne fait, elles rappellent le genre d’assignation des personnes concernées et ce n’est pas des plus agréables.

E. Que faire de l’adjectif trans* ?

L‘adjectif trans* (à ne pas confonde avec l’adjectif trans) fait polémique, l’astérix servant à rassembler toutes les identités alternatives rentrant plus ou moins dans la sphère transidentitaire. Certaines personnes y intégreront les personnes transgenres binaires, non-binaires et agenres, comme moi, et d’autres y intégreront d’autres personnes.
Plus encore que les autres termes transidentitaires, trans* crée davantage de divisions à propos de qui il représente. Le mieux étant de ne pas l’utiliser car il est trop flou et déclenche parfois des débats houleux. Préférez le terme trans ou transgenre.

F. Quelle est la différence d’avec le travestissement ?

Le principe du travestissement est de porter des vêtements qui sont traditionnellement par le genre binaire opposé à celui de la personne concernée. On ne peut parler de travestissement que dans un modèle binaire, avec des codes vestimentaires divisés entre femme et homme (les personnes queers ne sont donc pas concernées). Le travestissement est souvent occasionnel mais peut devenir fréquent selon les profils.

On peut distinguer des profils différents :
• Les performeurs·ses comme les drag-kings et les drag-queens qui sont souvent des personnes cisgenres qui se travestissent pour des spectacles
• Les personnes cisgenres qui font cela par fétichisme dans un but uniquement sexuel.
• Les personnes qui sont en questionnement de genre et qui explorent les codes vestimentaires d’un genre qui leur est socialement interdit. Cela peut aboutir à une prise de conscience transidentitaire, ce qui ne relève plus du travestissement. Cependant certaines personnes concernées par cela revendiquent l’identité de travesti·e, il convient donc de considérer que des personnes sont travesti·e·s pour des questions d’identité de genre sans aller jusqu’à se considérer comme transgenres.

Les personnes transidentitaires ne sont donc pas des personnes travesties. Même les premiers essais vestimentaires dans le secret de la salle de bain ou de la chambre ne peuvent pas être qualifiés de travestissement, une personne transidentitaire ne se travestit pas, elle reprend ses droits sur des codes vestimentaires qu’on lui avait interdits. Le travestissement est avant tout le principe de jouer un rôle et les personnes transgenres ne jouent aucun rôle, elles souhaitent juste avoir le droit d’être elles-mêmes.
Parler de travestissement à propos d’une personne transgenre est extrêmement malpoli et relève de la transphobie car cela sous-entendrait que la personne ne fait que jouer un rôle et qu’elle n’est pas légitime dans son identité de genre.

G. Que faire des termes comme lady boy, shemale et tranny ?

Les termes lady boy, shemale et tranny désignent exclusivement des femmes transgenres (qui n’ont pas eu d’opération génitale). Ils sont issus de la pornographie et sont tous empreints de fétichisme et de transphobie. Leur utilisation est irrespectueuse en plus de faire appel à une exotisation des femmes transgenres. Si on les décompose, lady boy et shemale signifient “femme garçon” ou “elle mâle”.

H. Et les personnes non-transgenres (dites cisgenres) ?

Les personnes qui ne sont pas transgenres sont dites « cisgenres », formé du préfixe « cis » (« dans la limite de », « du côté de ») et de genre. Cela désigne des personnes qui ne remettent pas en question le genre qui leur a été assigné à la naissance, soit une majorité de la population. Ce n’est pas une insulte comme certaines personnes peuvent le croire, c’est juste un état de fait. Ce n’est pas non plus une orientation sexuelle ou une identité de genre, c’est une catégorie de genre. De plus une personne cisgenre peut être intersexe ou dyadique.


Avertissement : Ne vous arrêtez pas à mes propos, comparez-les avec ce que vous trouverez ailleurs et surtout croisez les informations !
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