SRS I – Réflexions | 2nde partie

Ce billet fait suite à SRS I – Réflexions | 1ère partie (SRS : Sex Reassignement Surgery*).


Concepts physiologiques et des questions chirurgicales.
Si vous êtes sensibles, vous êtes prévenu·e.

Sommaire
4. Une question d’orientation romantique et sexuelle…
5. Mais pourquoi je vous raconte tout ça ?
6. Et moi dans tout ça ?

4. Une question d’orientation romantique et sexuelle…

Et c’est le moment de parler des orientations romantico-sexuelles des personnes trans, les plus gênées par la question des relations intimes se trouvent êtres les personnes trans hétérosexuelles et homosexuelles à cause des normes sociales qui imposent un sexe en particulier pour ces relations. La fameuse réaction des mecs cis-hétéros qui se croient “piégés” quand ils se rendent compte par un indice que la femme qu’ils draguent est trans, et qui est souvent très risqué pour les personnes trans, se retrouve pour les relations homosexuelles même si le rejet est souvent moins violent – ça arrive que ce soit encore plus violent, ça dépend de la transphobie.

Akbar It's a trap
L’amiral Ackbar n’est pas transphobe, j’ai vérifié. C’est juste la débandade. Eh, la débandade… Muhahahah !
Nan ? Z’êtes pas drôle.

La pansexualité ou la bisexualité n’exclue pas de rencontrer des partenaires transphobes mais elle ouvre un champ possibilité plus important, les rencontres safes sont plus faciles. Mais la SRS peut être imposée par le poids des normes sociales concernant l’orientation romantico-sexuelle des personnes trans : comment se vivre comme hétéro, lesbienne ou gay si notre appareil génital ne correspond pas aux standards appliqués dans ces communautés ? Mais alors la SRS ne serait plus souhaitée pour soi mais pour répondre à des normes dressées par les personnes cisgenres : quelle est la légitimité des personnes cisgenres à nous forcer à modifier notre corps pour correspondre à leur code ? Aucune. Sauf que si l’on veut se faire accepter dans leur communauté, il faut faire des compromis… et est-ce que modifier son corps jusqu’à modifier son appareil génital – même si ce n’est pas notre souhait – est un compromis acceptable ? Je ne crois pas.
Cela reste mon point de vue et, je vous en prie, ne commencez pas à hurler contre moi. Je vous expose des idées et des théories, celles-ci ne se veulent pas globalisantes, au contraire, elles ne concernent que ma personne.

5. Mais pourquoi je vous raconte tout ça ?

Mais si vous m’avez suivie jusque-là, c’est que mon discours vous intéresse un peu et vous aurez retenu que je n’apprécie pas le terme de SRS. Pourquoi ? C’est simple, ce terme renvoie à la “réassignation”, ce qui laisse à penser comme l’hypothèse 2 que cela redonne à la personne son genre en lui modifiant son appareil génital externe. Or ce n’est pas ma position, la SRS n’est qu’une modification de l’appareil génital dans sa structuration pour amener à une forme qui convient mieux à la personne. Cela semble sensiblement proche de la première définition mais le point de vue sur le principe est différent… Si la SRS n’est plus liée à la fabrication chirurgicale d’un sexe en fonction d’un genre alors le sexe et le genre se voient réellement séparés, si la SRS est une correction de la nature, le sexe et le genre se voient liés. On peut vouloir un vagin alors qu’on est un homme et vouloir un pénis alors qu’on est une femme, la SRS n’est pas une réassignation sexuelle, c’est une modification chirurgicale de la génitalité.

L’appareil génital n’étant lié au genre que par le discours social (et médical), l’en séparer revient à considérer que la SRS n’est pas plus une soumission au discours social que l’hormonothérapie… C’est une modification physique qui permet d’aimer son corps comme on en a le droit.
Utiliser le terme de SRS revient à, à chaque fois, légitimer ce terme et accepter les dérives conceptuelles qui peuvent être faites à son sujet. C’était le même problème avec le terme transsexuel·le qui n’a aucun sens si on cherche à comprendre sa sémantique, son seul sens est historique, son utilisation rappelant l’histoire transidentitaire. Il existe une alternative à l’expression “SRS”, c’est le concept de GRS, “Genital Reconstruction Surgery”. Cela permet d’exclure toute considération de “réassignation” de cette opération qui est effectivement une reconstruction chirurgicale de la génitalité. Là, on arrive à une vision nettement plus dissociée entre genre et sexe, ce qui offre la possibilité de considérer l’apparence de la génitalité comme étant une caractéristique de l’individu, loin de lier celui-ci à un genre. Cela peut expliquer pourquoi certaines personnes non-binaires peuvent souhaiter une GRS : cela ne les reliera pas à un genre mais leur permettra d’appréhender leur corps comme elles le souhaitent.

Tout ce discours étant sensiblement inutile si l’on a préféré considérer l’hypothèse 1 comme étant la seule valable.

Avasarala
Où est-ce que je veux en venir avec tout cela ?

Il existe fort peu d’articles de réflexion sur la GRS de la part des personnes trans, et quand il y en a on retrouve très souvent deux camps : “Je suis un·e vrai·e femme/homme après l’opération” ou “C’est une mutilation et une soumission aux normes !”. Globalement, hein. Ne parlons pas des articles écrits par des personnes cisgenres, on ne va pas creuser dans le voyeurisme écoeurant qui émerge des tréfonds de ces écrits suintant d’une bien-pensance ignoble et putréfiante.
Je souhaitais parler de tout cela avant d’aborder l’histoire de ma GRS qui est à venir. C’était une simple manière de poser des bases.

6. Et moi dans tout ça ?

Je vous parle de tout cela, je vous explique en détails ce que je pense des différentes pressions qui peuvent pousser à faire une SRS en soulignant que la SRS devrait être faite uniquement si elle est désirée pour soi… Bien. Mais pourquoi je souhaite la réaliser ? Oui, je ne parle pas de “subir une chirurgie de réassignation sexuelle” parce que quand on “subit”, on n’est pas acteur ou actrice de la situation. Or je suis actrice dans la décision de faire une GRS, je ne subis pas ma GRS. Et je ne subis pas ma transidentité.
Pour les relations intimes, je me sers de mon pénis de toutes les manières qui me plaisent et qui plaisent à ma partenaire. Je peux être pénétrante, être pénétrée, j’aime les fellations, les caresses, la masturbation… Et comme je ne prends pas d’anti-hormones, j’ai des érections qui sont assez intenses pour la pénétration. Je n’ai aucun problème pour utiliser mon sexe dans les relations intimes et j’en éprouve du plaisir.

Je suis pansexuelle, je ne considère pas que mes partenaires doivent être limités à tel ou tel genre ou tel ou tel appareil génital… Je tombe amoureuse d’une personne… ou de plusieurs parce que je suis aussi polyamoureuse… en ayant des relations intimes qu’avec des personnes que j’aime parce que je suis demisexuelle. Oui, je cumule mais c’est comme ça et c’est tout. Je me vis alors très bien dans les rencontres de personnes aux genres très différents et c’est ce qui me plaît.
Je suis une femme transgenre mais avec une non-binarité fluctuante qui m’a toujours permise de ne pas plonger dans l’horreur de la dysphorie en me limitant alors à des crises d’angoisse, me protégeant des crises violentes et des atteintes physiques. Je me ressens femme mais… pas uniquement comme si ça n’était pas assez compliqué à faire comprendre aux cisgenres. J’adore voir les codes de genre, jouer avec et laisser les gens en face tellement perturbés qu’ils ne savent plus quoi en dire. Plus j’avance dans ma transition, plus je me permets de jouer sur les normes sociales.

Alors pourquoi souhaiter faire une GRS ?

Parce que mon corps me plaira mieux ainsi, que je me vivrai encore mieux dans les relations intimes et que ce désir profond et immense d’avoir mon sexe modifié ainsi ne s’explique pas avec des mots, c’est un ressenti et cela ne s’expliquera jamais. Cela ne fera pas plus et pas moins de moi une femme, transgenre et fière de l’être.
Mais c’est clairement trop facile de tenir tous ces propos pour terminer là-dessus : « ça ne s’explique pas ! ». Et oui, avoir un tel discours et finir pareillement, c’est tout à fait grotesque… et grossier. Alors… Pourquoi ?

Pour moi, uniquement pour moi, avant que de l’utiliser dans des relations intimes avec d’autres. Tout comme je sais quels tatouages et quels piercing je souhaite faire, je fais ma GRS pour moi parce que je veux voir mon corps ainsi et que, puisque j’ai la possibilité de CHOISIR dans ma vie, alors je préfère avoir un vagin et une vulve à un pénis et des testicules ; si je fais un tatouage, c’est ma décision, l’autre peut le regarder, le toucher, mais je le fais pour moi. Est-ce que mes relations intimes seront plus simples après ? Sur certains points, oui, sûrement… mais je doute que coucher avec des mecs cis soit jamais simple et si je suis pansexuelle, je pense sérieusement à les virer de ma liste parce qu’ils ne sont pas doués pour la plupart. Je veux des partenaires qui m’acceptent peu importe mon appareil génital, je resterai transgenre toute ma vie et avoir une vulve et un vagin ne feront pas de moi une femme. Ma non-binarité est ma zone de confort et ma féminité le passeport pour accéder à une société binarisée mais je ne suis pas cisgenre et je suis fière d’être QUI je suis.

Ma génitalité est la MIENNE avant que je la partage avec d’autres et si ces autres me rejettent en tant que personne trans’ mais m’acceptent avec une chatte, ils l’auront pas. Je ne suis ni un fantasme ni un animal sexuellement utilisable au gré des envies, je suis ce que je suis, pleine et entière.
Je pourrais survivre sans cette GRS, je pourrais même vivre, mais je préfère la faire. Pour moi. Pour personne d’autre.

Ruby Rose Smoking
C’est un choix qui l’est autant que d’être transgenre, c’est-à-dire que c’est le choix de vivre comme on le souhaite.

J’ai choisi de faire ma GRS en Thaïlande auprès d’un chirurgien très reconnu, le Dr Chettawut. Ce sera le 14 Juillet et ce sera cool de la part des français de fêter ça avec des feux d’artifice. Je publierai un journal de bord (du même style que celui de Tom-Alex) de mon séjour en Thaïlande avec mes ressentis jour par jour, j’y exprimerai mes émotions, mes joies, mes découvertes, mes douleurs, mes peurs… pour les personnes trans qui souhaitent savoir comment se passe une SRS là-bas, et comment elle s’est passée pour moi.
Je ne publierai pas ce journal de bord avant les 6 mois après mon opération parce que je souhaite y décrire toutes les évolutions qui sont les miennes entre le jour juste avant l’opération et 6 mois après. Je vous laisserai découvrir cela dans un an, au mois de Décembre 2016.

J’espère vous avoir intéressé·e.

N.B. : je suis complètement flippée par ma GRS parce que je n’ai aucune idée du résultat, ne pensez pas que j’y vais en étant sûre de moi… Il n’est pas possible d’être sûre de soi quand on choisit un tel chemin. Tout comme faire une transition sociale ou hormonale. C’est l’inconnu.

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